{"id":1208,"date":"2015-01-30T21:29:49","date_gmt":"2015-01-30T20:29:49","guid":{"rendered":"https:\/\/yannbeauvais.com\/?p=1208"},"modified":"2015-02-16T15:40:36","modified_gmt":"2015-02-16T14:40:36","slug":"autoportrait-dans-le-cinema-fr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yannbeauvais.com\/?p=1208","title":{"rendered":"Autoportrait dans le cin\u00e9ma (Fr)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: small;\"><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"><i>Zeuxis<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: 'Times New Roman', serif;\"> n\u00b014, Paris 2004<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">Si, comme le revendique de nombreux cin\u00e9astes, le cin\u00e9ma exp\u00e9rimental est avant tout un cin\u00e9ma \u00e0 la premi\u00e8re personne, un cin\u00e9ma qui exprime et affirme une subjectivit\u00e9, dresse le portrait d\u2019une individualit\u00e9 \u00e0 travers ses visions, alors on peut comprendre l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019ont port\u00e9 les cin\u00e9astes pour l\u2019autoportrait et qu\u2019il soit une forme caract\u00e9ristique dans le cin\u00e9ma exp\u00e9rimental. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">Il faudrait diff\u00e9rencier l\u2019autoportrait dans le cin\u00e9ma exp\u00e9rimental du projet du journal film\u00e9. Ces portraits film\u00e9s, autoportraits sont parties prenantes du projet autobiographique pour quelques cin\u00e9astes dont le propos cin\u00e9matographique s\u2019inscrit dans la perspective d\u2019un r\u00e9cit film\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re personne.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">La dimension temporelle inh\u00e9rente au support cin\u00e9matographique, entra\u00eene n\u00e9cessairement des alt\u00e9rations vis-\u00e0-vis de l\u2019autoportrait qui, en peinture, en photographie restitue un moment donn\u00e9 quand bien m\u00eame celui-ci soit le r\u00e9sultat d\u2019une synth\u00e8se en proposant la condensation de plusieurs moments distincts ou attitudes.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">L\u2019autoportrait cin\u00e9matographique ne se contente pas du seul plan fixe, il exc\u00e8de l\u2019arr\u00eat sur image. De son c\u00f4t\u00e9, la photographie peut s\u2019envisager comme pr\u00e9l\u00e8vement, ou plus exactement comme ce moment de restitution d\u2019un arr\u00eat sur image d\u2019un film dont on n\u2019aurait pas trouv\u00e9 toutes les images. On peut envisager alors l\u2019autoportrait au cin\u00e9ma comme la fusion possible de ces images virtuelles.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">Plusieurs strat\u00e9gies sont \u00e0 l\u2019\u0153uvre des lors qu\u2019il s\u2019agit de (se) tirer le portrait. L\u2019une consiste \u00e0 mimer la prise photographique en demandant au sujet de se tenir face \u00e0 la cam\u00e9ra pendant un temps donn\u00e9 (qui peut \u00eatre la dur\u00e9e de la bobine 16mm ou super8). Le sujet est alors libre de ses mimiques autant que de ses postures, il peut d\u00e9cider de se mettre en sc\u00e8ne dans ce cadre et s\u2019incarne pendant la dur\u00e9e de la prise \u00e0 la mani\u00e8re des personnes film\u00e9es par Andy Warhol pensaient contr\u00f4ler leurs images dans les <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Screen Tests<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\">, ou dans les <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>cin\u00e9matons<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"> de G\u00e9rard Courant, alors que Gregory Markopoulos ne laissait pas autant de latitude aux personnes qu\u2019il filmait dans les diff\u00e9rentes s\u00e9ries de portraits qu\u2019il s\u2019agissent de <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Galaxie<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"> (1966) ou de <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Political Portraits<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"> (1969).<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">Dans l\u2019autoportrait, la question du visage est pr\u00e9dominante. Comment aller par-del\u00e0 du stade du miroir\u00a0? comment se perdre dans un visage\u00a0? La production du portrait permet de scruter les transformations du visage, peut-on parler de vieillissement (?), autant que la manifestation d\u2019une expression. Le recours \u00e0 l\u2019extr\u00eame acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 qui fige l\u2019expression d\u2019un sourire dans un continuum qui \u00e9vacue le diff\u00e9rent comme c\u2019est le cas dans certains fluxfilm\u00a0tel que <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Disapperaing Music for Face <\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\">(1966 de Mieko Shiom). Il en est de m\u00eame de <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Two Virgins<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"> (1968) de John Lennon et Yoko Ono. Ces films semblent abolir l\u2019action au profit d\u2019un pr\u00e9sent et qui par son s\u2019\u00e9tirement, s\u2019alt\u00e8re, \u00e0 force de diff\u00e9rer il induit le diff\u00e9rent. Chez Andy Warhol, le diff\u00e9r\u00e9 est obtenu par la projection \u00e0 16 images seconde, qui transforme les paysvisages des protagonistes de <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Haircut<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\">, <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Eat<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\">, <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Blow-job<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\">. Ce ralentissement de la cadence conf\u00e8re au noir et blanc un aspect argent\u00e9, quasiment un velout\u00e9 de l\u2019image. On peut recourir \u00e0 des artifices photographiques afin de gommer, effacer tout ou partie du visage, le recours \u00e0 un \u00e9clairage tr\u00e8s contrast\u00e9 souligne la difficult\u00e9, le mal d\u2019\u00eatre, dont on a un exemple parlant dans <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Aus der ferne Memo Book<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"> (1989)de Matthias Mueller. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">Le visage comme paysage, un v\u00e9ritable champ de bataille, est particuli\u00e8rement bien illustr\u00e9 chez Olivier Fouchard qui dans ses diff\u00e9rents <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Autoportraits<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\">, travaille les textures, le grain de l\u2019\u00e9mulsion en fonction de diverses manipulations photo chimiques. Les yeux aspirent, oxident les couleurs, deviennent des trous noirs. La variation ici n\u2019est pas obtenue par un dispositif qui transforme lors du tournage le portrait comme c\u2019est le cas chez Christian Lebrat (<\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Autoportrait au dispositif<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"> 1981), Unglee (<\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Forget Me Not<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"> 1979)et d\u2019une autre mani\u00e8re chez Dominique Willoughby dans <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Bal <\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\">(1981). Ces deux derniers cin\u00e9astes travaillant image par image en proc\u00e9dant par accumulation, comme le faisait \u00e0 sa mani\u00e8re George Griffin des 1975 avec <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Head.<\/i><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">Faire son autoportrait ne signifie pas pour autant se filmer. Hollis Frampton en fait magistralement la preuve dans <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Nostalgia<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"> (1971). Un portrait r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir de photographies qu\u2019il commente soi disant, alors que c\u2019est la voix de Michael Snow que l\u2019on entend sur la bande son, tandis que sont d\u00e9crites les photos. Cette voix qui n\u2019appartient pas \u00e0 ce qu\u2019elle dit, permet d\u2019\u00e9viter l\u2019\u00e9panchement du journal, de la confession, elle conf\u00e8re une alt\u00e9rit\u00e9, elle est la voix de l\u2019ego fictif, en l\u2019occurrence celle d\u2019Hollis Frampton. On retrouve des strat\u00e9gies proches chez Su Friedrich dans <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Sink or Swimm<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"> (1990) et Michael Wallin dans <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Decodings <\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\">(1988). C\u2019est la fiction du sujet, le fa\u00e7onnage d\u2019un individu selon son genre, sa classe qui sont analys\u00e9es dans ces deux films. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">Aujourd\u2019hui, l\u2019autoportrait d\u00e9ploie all\u00e8grement l\u2019\u00e9panchement narcissique se r\u00e9pand d\u2019autant plus facilement que les lieux pour accueillir les images en mouvement sous la forme d\u2019installation se sont multipli\u00e9s. La parole intime prend le pouvoir et occupe l\u2019espace d\u2019exposition, en fait son lieu de fiction\u00a0; pas un espace d\u2019exposition sans projection, ou sans moniteur.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">La production d\u2019autoportrait dans le cin\u00e9ma et la vid\u00e9o est aujourd\u2019hui plus importante. Elle semble dominante au Japon, ou \u00e0 l\u2019instar de Horoyuki Oki et Yuri Obitani, nombreux sont les cin\u00e9astes qui travaillent \u00e0 la lisi\u00e8re de l\u2019autoportrait et du journal film\u00e9. En cela ces cin\u00e9astes partagent ce go\u00fbt du jour pour les autofictions \u00e0 la mani\u00e8re de ce qui se fait en litt\u00e9rature (Christine Angot, Banana Yoshimoto) et dans les arts plastiques (Val\u00e9rie Mrejen, Nelson Hendricks\u2026)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">Auparavant, dans les ann\u00e9es 70, les portraits \u00e9taient plus souvent le travail du double portraits tels ceux de Maria Klonaris et Katherina Thomadaki, ou ceux du group M\u00e9tro Barbes Rochechouart ou encore ceux de Yoko Ono et John Lennon.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">L\u2019int\u00e9r\u00eat pour les r\u00e9cits du quotidien, le travail sur la repr\u00e9sentation de soi en fonction des crit\u00e8res de modes a envahi progressivement le film et la vid\u00e9o \u00e0 la faveur du super 8 dans un premier temps et des mini dv. L\u2019\u00e9panchement narcissique que manifeste l\u2019outil vid\u00e9o s\u2019est d\u00e9cupl\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 sa plus grande accessibilit\u00e9. Il n\u2019est plus question dans ces travaux d\u2019une pr\u00e9sentation d\u00e9 subjectiv\u00e9 comme elle peut l\u2019\u00eatre dans certaines \u0153uvres minimalistes. Ce n\u2019est pas tant le sujet que l\u2019action r\u00e9alis\u00e9e ou les processus d\u00e9ploy\u00e9s qui importent comme c\u2019est le cas dans quelques vid\u00e9os de Vito Acconci, films de Dan Graham ou Valie Export.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">Cette manifestation de soi selon de petites fictions du quotidien se d\u00e9ploie dans la plupart des premi\u00e8res vid\u00e9os de Sadie Benning, comme <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>It was not Love<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"> (1995), transforme l\u2019espace de son quotidien comme celui de la fiction se retrouve chez Helena Villovitch dans <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>Je tricote<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"> (1997), et d\u2019une mani\u00e8re plus performative Anja Czioska dans <\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"><i>One Pussy Show<\/i><\/span><span style=\"font-family: 'New York';\"> (1998),lorsqu\u2019elle se filme mettant tous ses v\u00eatement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">Le sujet est ici donn\u00e9, tout ce qu\u2019il fait peut devenir l\u2019objet d\u2019un film. Les activit\u00e9s quotidiennes\u00a0: s\u2019\u00e9veiller (Pierrick Sorin), se laver (Anja Czioska), baiser (Fr\u00e9d\u00e9ric Charpentier, Kerstin Cmelka), dormir (Sophie Calle)\u2026 sont les sujets des films. Parce que ces actes sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, parce qu\u2019ils sont quotidiens, ils sont enregistr\u00e9s. La r\u00e9p\u00e9tition entra\u00eene la performance, et par la m\u00eame l\u2019enregistrement. Le super 8 a jou\u00e9 un r\u00f4le essentiel dans ces filmages car \u00e0 la maniabilit\u00e9 de l\u2019outil, il privil\u00e9gie un parti pris anesth\u00e9tique, dans la mesure ou ce format est consid\u00e9r\u00e9 comme celui de l\u2019amateur, anticipant par la m\u00eame le foisonnement de la production impliqu\u00e9e par l\u2019usage des mini dv.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: 'New York';\">yann beauvais<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Zeuxis n\u00b014, Paris 2004 Si, comme le revendique de nombreux cin\u00e9astes, le cin\u00e9ma exp\u00e9rimental est avant tout un cin\u00e9ma \u00e0 la premi\u00e8re personne, un cin\u00e9ma qui exprime et affirme une subjectivit\u00e9, dresse le portrait d\u2019une individualit\u00e9 \u00e0 travers ses visions, alors on peut comprendre l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019ont port\u00e9 les cin\u00e9astes pour l\u2019autoportrait et qu\u2019il soit une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[6,8],"tags":[170,171,44],"class_list":["post-1208","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ecrits","category-essais","tag-autobiographie","tag-autoportrait","tag-photo"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/yannbeauvais.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1208","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/yannbeauvais.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/yannbeauvais.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yannbeauvais.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yannbeauvais.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1208"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/yannbeauvais.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1208\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1209,"href":"https:\/\/yannbeauvais.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1208\/revisions\/1209"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/yannbeauvais.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1208"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/yannbeauvais.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1208"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/yannbeauvais.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1208"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}