{"id":1214,"date":"2015-01-30T21:47:25","date_gmt":"2015-01-30T20:47:25","guid":{"rendered":"https:\/\/yannbeauvais.com\/?p=1214"},"modified":"2015-01-30T21:47:25","modified_gmt":"2015-01-30T20:47:25","slug":"introduction-scratch-book-fr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yannbeauvais.com\/?p=1214","title":{"rendered":"Introduction Scratch Book (Fr)"},"content":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 dans Scratch Book, ed yann beauvais et Jean-Damien Collin, Paris 1999<\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Cet ouvrage a pour objet de c\u00e9l\u00e9brer le cin\u00e9ma exp\u00e9rimental dans sa diversit\u00e9 et de rendre hommage \u00e0 l&rsquo;une des structures qui l&rsquo;a promu et d\u00e9fendu le plus activement en France, au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es. Il veut rendre compte de la sp\u00e9cificit\u00e9 de Scratch comme espace de projection en pr\u00e9sentant les t\u00e9moignages de critiques, de programmateurs, et en reprenant des entretiens de cin\u00e9astes (parfois in\u00e9dits en fran\u00e7ais) publi\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re Scratch Revue et des travaux graphiques et plastiques qui nous proposent un \u00e9tat du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Scratch marque l&rsquo;engagement d&rsquo;artistes &#8211; cin\u00e9astes et plasticiens &#8211; envers une pratique trop fr\u00e9quemment minor\u00e9e. Si la cr\u00e9ation de cette entit\u00e9 r\u00e9pondait au besoin de renouvellement des lieux de diffusion du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental \u00e0 Paris, elle d\u00e9notait, ne f\u00fbt-ce que par son nom, une volont\u00e9 d&rsquo;ouverture et de remise en cause. Loin d&rsquo;\u00eatre la chambre d&rsquo;\u00e9cho d&rsquo;une avant-garde, Scratch se voulait avant tout diff\u00e9rent, en marge, \u00e0 c\u00f4t\u00e9\u00a0: nous prenions nos distances vis-\u00e0-vis de l&rsquo;histoire, nous inscrivions nos r\u00e9sistances et nos partis pris dans le choix des programmes. Scratch repr\u00e9sentait donc &#8211; dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de son existence &#8211; une alternative \u00e0 l&rsquo;approche du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental en se singularisant par un \u00e9clectisme revendiqu\u00e9 que venait souligner la programmation. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Apr\u00e8s toutes ces ann\u00e9es de projection dans diff\u00e9rents lieux, \u00e0 un moment o\u00f9 le cin\u00e9ma exp\u00e9rimental b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat tr\u00e8s marqu\u00e9 en France, il nous semble opportun de renvoyer, \u00e0 travers l&rsquo;histoire de Scratch, \u00e0 l&rsquo;histoire des cin\u00e9astes eux-m\u00eames et aux enjeux esth\u00e9tiques dont leurs oeuvres sont porteuses. Il s&rsquo;agit de d\u00e9montrer en quoi des structures alternatives &#8211; quasiment des ateliers -, con\u00e7ues et g\u00e9r\u00e9es par des artistes, au-del\u00e0 de leur projet initial limit\u00e9 \u00e0 un champ pr\u00e9cis, peuvent s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 d&rsquo;autres domaines et se poser en mod\u00e8les pour d&rsquo;autres champs artistiques contemporains. Comme tout mod\u00e8le, ces structures ne demandent qu&rsquo;\u00e0 \u00eatre d\u00e9pass\u00e9es. Toutes sont tr\u00e8s mobiles ; cela leur permet d&rsquo;intervenir rapidement, au gr\u00e9 des opportunit\u00e9s et d&rsquo;adapter leurs r\u00e9actions aux circonstances, ce qui signifie diversit\u00e9 des projets et des lieux. Une mobilit\u00e9 et une souplesse comparables caract\u00e9risent aujourd&rsquo;hui les laboratoires cin\u00e9matographiques alternatifs comme les diff\u00e9rents collectifs d&rsquo;artistes, qui ne mettent pas en commun une esth\u00e9tique mais des processus visant \u00e0 produire des projets plastiques, aussi bien des \u00ab\u00a0oeuvres\u00a0\u00bb ou des \u00ab\u00a0pi\u00e8ces\u00a0\u00bb que des manifestations. Tel a \u00e9t\u00e9 le r\u00f4le de Scratch dans le domaine du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental, oeuvrant dans un lieu d\u00e9termin\u00e9, en relation avec d&rsquo;autres villes, d&rsquo;autres pays. Aujourd&rsquo;hui les enjeux ont chang\u00e9. Scratch a une histoire dont il doit se d\u00e9prendre afin d&rsquo;envisager d&rsquo;autres modalit\u00e9s d&rsquo;action vis-\u00e0-vis du cin\u00e9ma dans le contexte contemporain. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">L&rsquo;actualit\u00e9 des arts plastiques et du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental est venue \u00e0 point nomm\u00e9 pour renforcer l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une publication autour de Scratch, id\u00e9e n\u00e9e au cours d&rsquo;un d\u00eener estival r\u00e9unissant Jean-Damien Collin, Miles McKane et moi-m\u00eame, o\u00f9 nous \u00e9voquions les probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par la diffusion du cin\u00e9ma. La publication devrait faire le point sur le chemin accompli, tout en conservant l&rsquo;ouverture sur le contemporain, sans esprit de clan ou de mouvement. Montrer et d\u00e9fendre des d\u00e9marches novatrices et des cin\u00e9astes inconnus ou m\u00e9connus. Sans nous en douter, nous \u00e9tions sous l&rsquo;influence d&rsquo;illustres pr\u00e9d\u00e9cesseurs qui avaient su manifester leur ind\u00e9pendance &#8211; des membres du collectif Close Up et des membres de Fluxus (si tant est que l&rsquo;on puisse parler dans ce dernier cas de collectif). Notre libert\u00e9 en face de l&rsquo;histoire favorisait notre ouverture vers les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations de cin\u00e9astes, attitude que partageaient les critiques et les programmateurs invit\u00e9s. Dans les ann\u00e9es quatre-vingt, il s&rsquo;agissait comme aujourd\u2019hui de d\u00e9fricher le terrain de mani\u00e8re intense et de favoriser les rencontres entre les \u0153uvres, les cin\u00e9astes, le public. Cela \u00e9claire le choix des programmations &#8211; pr\u00e9sence\/absence de tel ou tel cin\u00e9aste &#8211; souvent con\u00e7ues en fonction des autres lieux, mais aussi sans \u00e9gard pour eux. De ces ann\u00e9es, on peut \u00e9voquer les projections r\u00e9guli\u00e8res du Centre Georges Pompidou, celles du cin\u00e9-club Saint-Charles, ou des manifestations ponctuelles comme le F.I.A.G., la programmation Man Ray, ou le festival de Rouen, entre autres&#8230; Scratch \u00e9tait donc libre de ses choix et n&rsquo;avait pour ambition que de faire partager sa passion pour une cin\u00e9matographie en constant devenir. Sa volont\u00e9 d&rsquo;ind\u00e9pendance appara\u00eet donc essentielle dans la mesure o\u00f9 il sortait le cin\u00e9ma de l&rsquo;universit\u00e9, seul lieu permettant cette pratique cin\u00e9matographique, puisque, \u00e0 cette \u00e9poque, les \u00e9coles des beaux-arts ne s&rsquo;y int\u00e9ressaient gu\u00e8re. Le choix de Scratch, fid\u00e8le \u00e0 une tradition bien ancr\u00e9e dans les arts plastiques, de se confronter \u00e0 sa propre histoire, rendait aux cin\u00e9astes un espace de projection sp\u00e9cifique qui s&rsquo;affirmait comme laboratoire ou atelier public. Espace par et pour les cin\u00e9astes, Scratch vous convie \u00e0 \u00ab\u00a0user\u00a0\u00bb vos films sur ses projecteurs.. Le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0atelier\u00a0\u00bb se manifeste autant dans la permanence des projections multi-\u00e9crans que dans les expositions d&rsquo;installations ; la premi\u00e8re manifestation con\u00e7ue par Scratch \u00e9tait \u00e0 la fois une proposition de cin\u00e9ma pr\u00e9sentant des installations, et des projections. Scratch se pensait comme un dispositif d&rsquo;\u00e9changes. L&rsquo;important n&rsquo;\u00e9tait pas d&rsquo;\u00eatre les premiers \u00e0 montrer tel ou tel cin\u00e9aste, mais de permettre \u00e0 des cin\u00e9astes de rencontrer d&rsquo;autres cin\u00e9astes lors de projections, ou de renouer des dialogues entre des pratiques artistiques pour le moins s\u00e9par\u00e9es. Car l&rsquo;un des paradoxes de la cin\u00e9matographie exp\u00e9rimentale est qu&rsquo;elle doit \u00e0 la fois d\u00e9montrer son actualit\u00e9 et affirmer constamment son pass\u00e9, situation pour le moins in\u00e9dite dans le domaine artistique, qui fait de chaque cin\u00e9aste comme de chaque structure, un vecteur et un support de l&rsquo;histoire. Favoriser les \u00e9changes entre les cin\u00e9astes nous semblait de la plus haute importance afin de (re)cr\u00e9er des r\u00e9seaux de diffusion. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Cette logique d&rsquo;ouverture et de rencontre a pr\u00e9sid\u00e9 au choix des textes de cet ouvrage. Que nous ayons fait appel \u00e0 des cin\u00e9astes, des critiques, des conservateurs ou des programmateurs, il nous a sembl\u00e9 important, plut\u00f4t que de nous auto-congratuler, de favoriser des d\u00e9marches plurielles, qui font \u00e9cho \u00e0 la multiplicit\u00e9 du public touch\u00e9 par les projections Scratch. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il faut comprendre les textes de Gilles Royannais, Nicolas Gautron, Marie-Pierre Ducoq c\u00e9l\u00e9brant des oeuvres autant que des possibilit\u00e9s que leur a offertes Scratch dans le choix des films. Il faut regarder sous le m\u00eame angle les textes et les exp\u00e9riences r\u00e9alis\u00e9es au Br\u00e9sil avec Gloria Ferreira, en Italie avec Andrea Lissoni et Daniele G, qui partant d&rsquo;un constat similaire &#8211; l&rsquo;absence de projection r\u00e9guli\u00e8re de films exp\u00e9rimentaux dans leurs pays respectifs &#8211; ont souhait\u00e9 travailler avec Scratch. Le projet avec Gloria s&rsquo;est concr\u00e9tis\u00e9, \u00e0 Rio, dans un cycle sur le cin\u00e9ma des plasticiens et exp\u00e9rimental des ann\u00e9es soixante-dix et leur mise en perspective avec le cin\u00e9ma br\u00e9silien. Le projet italien se veut un \u00e9cho fid\u00e8le de la d\u00e9marche de Scratch ancrant le contemporain dans l&rsquo;historique et ce de mani\u00e8re transversale. Avec ces deux propositions s&rsquo;affirme une caract\u00e9ristique sous-jacente de Scratch qui consiste \u00e0 envisager la programmation comme un moment dans le travail du cin\u00e9aste &#8211; voir des films, confronter, mettre des oeuvres en rapport les unes avec les autres &#8211; et aussi comme un espace d&rsquo;agitation. Ces deux axes ont souvent servi, au fil des ans, de moteur de programmation et permis de cr\u00e9er des liens et des r\u00e9seaux avec les cin\u00e9astes et les programmateurs. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Cette facult\u00e9, cette ouverture est au c\u0153ur du projet Scratch, elle alimente d&rsquo;une certaine mani\u00e8re notre cr\u00e9ativit\u00e9 \u00e0 quelque niveau qu&rsquo;on la situe. Elle consiste \u00e0 donner \u00e0 voir d&rsquo;autres images &#8211; Helga Fanders, Anne-Marie Cornu, Marcelle Thirache -, faire entendre d&rsquo;autres voix. J\u00fcrgen Reble, Abigail Child, Metamkine sont quelques exemples parmi ceux qui composent le Scratch Book. La d\u00e9couverte d&rsquo;un cin\u00e9aste, d&rsquo;un cin\u00e9ma est toujours un moment privil\u00e9gi\u00e9, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de Mike Hoolboom, Vivian Ostrovsky ou Luther Price par exemple. Les formes de partage offertes par Scrtach et par le livre sont un moyen de susciter de telles rencontres, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un travail photographique d&rsquo;une cin\u00e9aste ou d&rsquo;une critique sur un artiste. Il s&rsquo;agit de (se) donner des moyens de voir autrement. Il n&rsquo;est pas question de clore une histoire mais d&rsquo;affirmer le cin\u00e9ma exp\u00e9rimental comme une pratique majeure de ce si\u00e8cle qui se situe toujours entre les arts. C&rsquo;est ce statut du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental qui interroge les structures qui le d\u00e9fendent et font de celles-ci des passeurs de lumi\u00e8re. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Arial, sans-serif;\">Nous souhaitons, avec cet ouvrage comme avec les projections, cr\u00e9er des envies irr\u00e9sistibles de voir les films, de les programmer ailleurs et autrement et, qui sait, pourquoi pas d&rsquo;en faire, encore. <\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Publi\u00e9 dans Scratch Book, ed yann beauvais et Jean-Damien Collin, Paris 1999 Cet ouvrage a pour objet de c\u00e9l\u00e9brer le cin\u00e9ma exp\u00e9rimental dans sa diversit\u00e9 et de rendre hommage \u00e0 l&rsquo;une des structures qui l&rsquo;a promu et d\u00e9fendu le plus activement en France, au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es. 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