{"id":179,"date":"2014-03-03T22:14:27","date_gmt":"2014-03-03T21:14:27","guid":{"rendered":"https:\/\/yannbeauvais.com\/?p=179"},"modified":"2015-01-29T22:10:33","modified_gmt":"2015-01-29T21:10:33","slug":"keith-sanborn","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yannbeauvais.com\/?p=179","title":{"rendered":"Keith Sanborn (Fr)"},"content":{"rendered":"<div>\n<p><strong>Revue&amp;corrig\u00e9e n\u00b0\u00a070 d\u00e9cembre 2006<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Keith Sanborn est un cin\u00e9aste qui interroge les repr\u00e9sentations que produisent le cin\u00e9ma, la t\u00e9l\u00e9vision. Il interroge les films afin de cr\u00e9er des espaces de r\u00e9flexion autour de ces repr\u00e9sentations. Il ausculte la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine \u00e0 travers ses m\u00e9dias de film en film. C\u2019est \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70 qu\u2019il commence \u00e0 travailler dans le champ du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental en suivant d\u2019une part les cours de Hollis Frampton \u00e0 Buffalo\u00a0[<a id=\"nh1\" title=\"\u00c0 partir de 1976, Keith Sanborn suit les cours de Frampton \u00e0 Houston puis \u00e0\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>], mais en se plongeant dans une tradition cin\u00e9matographique, fortement renouvel\u00e9e par les situationnistes, qui consistent, \u00e0 travailler \u00e0 partir de s\u00e9quences trouv\u00e9es afin de les remettre en circulation selon d\u2019autres modalit\u00e9s. Ce travail oscille entre pillage et d\u00e9tournement et s\u2019inspire d\u2019un ensemble de pratiques que l\u2019on trouve aussi bien chez Bruce Conner que chez les Lettristes, tout autant que dans les films plus politiques des situationnistes. Chacun des films de Keith Sanborn offre simultan\u00e9ment au moins deux discours parall\u00e8les, l\u2019un qui affirme par le choix des s\u00e9quences un amour du cin\u00e9ma alors que l\u2019autre d\u00e9construit les m\u00e9canismes \u00e0 partir desquels fonctionnent les films.<\/p>\n<p>Si la sensibilit\u00e9 du travail de Keith Sanborn rel\u00e8ve du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental, il le contourne en recourrant depuis plusieurs ann\u00e9es au num\u00e9rique. Il a \u0153uvr\u00e9 pendant de nombreuses ann\u00e9es avec le support argentique, mais, depuis plusieurs ann\u00e9es il recourt aux outils qui lui conf\u00e8rent une plus grande autonomie et qui de plus n\u2019est pas trop on\u00e9reuse. La vid\u00e9o, le dvd ont facilit\u00e9 l\u2019accessibilit\u00e9 \u00e0 un nombre d\u2019\u0153uvres qui avaient souvent disparues du r\u00e9pertoire. Ces outils contribuent \u00e0 la d\u00e9couverte d\u2019images m\u00e9connues ainsi qu\u2019\u00e0 la red\u00e9couverte et \u00e0 l\u2019appropriation (devrait-on dire la r\u00e9appropriation\u00a0?)d\u2019images qui nous ont \u00e9t\u00e9 famili\u00e8res \u00e0 un moment ou \u00e0 autre. Dans cet article, nous nous int\u00e9resserons avant tout aux derni\u00e8res productions de Keith Sanborn.<\/p>\n<p>Le film,\u00a0<i>The Artwork in the Age of its Mechanical Reproductibility by Walter Benjamin as told to Keith Sanborn<\/i>\u00a0(1999) est embl\u00e9matique du travail contemporain du cin\u00e9aste. En effet, dans ce film, Keith Sanborn s\u2019approprie ces avertissements qui ouvrent toutes les cassettes vid\u00e9os ou dvd et dans lesquels la loi s\u2019inscrit en tant qu\u2019imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique sous l\u2019\u00e9gide du FBI. Tout le film est compos\u00e9 d\u2019une multitude de panneaux d\u2019avertissement en regard de la notion de droits d\u2019auteur tels que la compr\u00e9hension de la loi am\u00e9ricaine l\u2019impose. Ces panneaux se succ\u00e8dent au son d\u2019une m\u00e9lodie ressass\u00e9e et qui fut une musique populaire des ann\u00e9es 50, un r\u00e9arrangement d\u2019une musique dont l\u2019original est\u00a0<i>Mac the Knife (Die Moritat von Macheath) from Dreigroschen Oper<\/i>\u00a0de Brecht\u00a0[<a id=\"nh2\" title=\"Keith  Sanborn pensait qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une version cubaine, quand il\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb2\" rel=\"footnote\">2<\/a>]. Le film pose la question du droit d\u2019auteur par le biais du copyright et de la protection de ces droits au moyen des administrateurs qui patentent o\u00f9 repr\u00e9sentent les auteurs.<br \/>\nDe plus, cette bande (comme plusieurs autres de KS) a la particularit\u00e9 d\u2019\u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 Jayne Austen, laquelle n \u2018est plus alors l\u2019auteur que l\u2019on croyait mais une fiction\u00a0[<a id=\"nh3\" title=\"Il s\u2019agit de Jane Austen. Mais \u00e9crit avec un Y, nous invite \u00e0 penser \u00e0 Jayne\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb3\" rel=\"footnote\">3<\/a>]\u00a0. Comme le dit Keith Sanborn\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0J\u2019ai pris comme alter Ego Jane Austen car cela a \u00e0 voir avec la question de la r\u00e9ception du travail. \u00c9tant anti- essentialiste, le fait de s\u2019attribuer une \u0153uvre nous enferme dans un genre, et cela est une fausse production d\u2019autorit\u00e9. Je comprends cela dans deux sens, \u00e0 la fois l\u2019autorit\u00e9 sociale mais aussi dans le sens d\u2019auteur. Et par cons\u00e9quent l\u2019attribution de Jane peut subvertir ce genre de construction.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0[<a id=\"nh4\" title=\"Interview\u00e9  par Peggy Nelson pour Otherzine : X Marks the Spot : Hunting for\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb4\" rel=\"footnote\">4<\/a>]<br \/>\nPar cette attribution \u00e0 un alter ego, autant que, par son titre, le film de Keith Sanborn se diff\u00e9rentie de\u00a0<i>Warnings<\/i>\u00a0(1988) de Muntadas qui travaillait \u00e0 partir des m\u00eames cartons d\u2019avertissements. Dans les deux cas, cependant, ces \u00e9nonc\u00e9s sont copyright\u00e9s alors qu\u2019ils \u00e9dictent la loi. Sont-ils par cons\u00e9quent hors la loi\u00a0? Peut-on s\u2019approprier la loi comme le font les administrations qui g\u00e8rent et prot\u00e8gent les droits d\u2019auteurs\u00a0? Mais comme le dit si bien Sanborn si l\u2019\u0153uvre avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e en 1936, comme son titre l\u2019indique, alors elle serait de fait l\u2019\u0153uvre num\u00e9rique la plus vielle du monde&#8230; une \u0153uvre qui interroge le sens politique de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle qui ici\u00a0<i>\u00ab\u00a0s\u2019approprie les impr\u00e9cations de contre l\u2019appropriation de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0[<a id=\"nh5\" title=\"L\u2019\u0153uvre d\u2019art \u00e0 l\u2019\u00e8re de sa reproductibilit\u00e9 technique, racont\u00e9e par Walter\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb5\" rel=\"footnote\">5<\/a>]. d\u2019une \u0153uvre d\u2019un auteur vivant et celui qui repr\u00e9sente (a produit) l\u2019\u0153uvre.<br \/>\nUn autre travail de la m\u00eame ann\u00e9e d\u00e9place la question de l\u2019autorit\u00e9 en examinant une s\u00e9quence de film qui a boulevers\u00e9 l\u2019Am\u00e9rique autant par son invisibilit\u00e9 que par ce qu\u2019elle contenait. Il s\u2019agit de la s\u00e9quence de Zapruder.<br \/>\nEn 1999, Keith Sanborn s\u2019est appropri\u00e9 la s\u00e9quence \u00e0 partir de laquelle il a r\u00e9alis\u00e9 un film \u00e0 partir de variations, permutations, alt\u00e9rations de la s\u00e9quence initiale de 26 secondes. Ces permutations sont accompagn\u00e9es de la musique Jajuka, qui est au dire de Brion Gysin la plus vielle musique du monde. Pour Keith Sanborn, le choix de cette musique est fondamental dans la mesure ou elle est \u00e0 la fois une musique de c\u00e9l\u00e9bration des rites fun\u00e9raires, elle est de plus, pr\u00e9-islamique.\u00a0[<a id=\"nh6\" title=\"Renseignement donn\u00e9 par Keith Sanborn lors d\u2019une pr\u00e9sentation et discussions \u00e0\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb6\" rel=\"footnote\">6<\/a>]\u00a0La juxtaposition de cette musique avec cette s\u00e9quence retravaill\u00e9e, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, ralentie, invers\u00e9e, masqu\u00e9e, procure un sentiment d\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9. On ne peut s\u2019emp\u00eacher aujourd\u2019hui, d\u2019inscrire cette musique dans un cadre de penser magique, comme si elle illustrait d\u00e9j\u00e0 les conflits \u00e0 venir.<br \/>\nUne fois de plus Keith Sanborn recourt \u00e0 une s\u00e9quence qui est devenu comme il le dit si bien l\u2019\u00e9v\u00e9nement m\u00eame. Cette s\u00e9quence s\u2019est substitu\u00e9e \u00e0 l\u2019assassinat du pr\u00e9sident Kennedy, elle est devenu l\u2019Histoire, m\u00eame. En travaillant avec cette s\u00e9quence, Keith Sanborn s\u2019approprie l\u2019\u00e9v\u00e9nement pour le d\u00e9passer, pour enfin en faire son deuil. Ce sont ces images, qui ont \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de tant d\u2019analyses, et qui sont devenues les agents du mythe, de cette trag\u00e9die am\u00e9ricaine, puis d\u00e9tourn\u00e9es par le cin\u00e9aste qui, s\u2019appropriant cet enregistrement vise \u00e0 construire d\u2019autres discours.<br \/>\n<i>\u00ab\u00a0Je voulais \u00e0 la fois reconna\u00eetre ce moment comme une trag\u00e9die mais peut-\u00eatre comme une trag\u00e9die grecque, reconna\u00eetre ce moment pas seulement comme un deuil mais aussi comme une c\u00e9l\u00e9bration, il y a des traditions et les fun\u00e9railles sont l\u2019occasion d\u2019une c\u00e9l\u00e9bration, c\u2019est \u00e7a que je voulais faire de ce moment une c\u00e9l\u00e9bration et pas seulement de l\u2019accepter comme une partie de l\u2019histoire, car on aimerait tr\u00e8s bien comme effet id\u00e9ologique &#8230;\/&#8230; Ce que je voyais c\u2019est que cet \u00e9v\u00e9nement historique avait \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 en un mythe religieux, pas seulement l\u2019\u00e9v\u00e8nement, son enregistrement m\u00eame et \u00e7a je trouvais bizarre. Parce que ce film de Zapruder est sans aucun doute le film le plus analys\u00e9 dans l\u2019histoire du monde, il avait \u00e9t\u00e9 analys\u00e9 mais, cependant m\u00eame pas vu.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0[<a id=\"nh7\" title=\"idem\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb7\" rel=\"footnote\">7<\/a>]\u00a0<i>The Zapruder Footage\u00a0: An Investigation Of Consensual Hallucination<\/i>, constitue par son tra\u00eetement , un remarquable hommage au cin\u00e9ma structurel, en tout cas celui qui travaille les permutations et les variations sans pour autant \u00e9puiser son sujet. Les diff\u00e9rentes variations que nous propose Keith Sanborn semblent faire des clins d\u2019\u0153il \u00e0 diff\u00e9rentes proc\u00e9dures et \u00e0 quelques films c\u00e9l\u00e8bres dans ce corpus. On pense bien \u00e9videmment \u00e0 tous ces films qui travaillent les boucles courtes, mais aussi \u00e0 des films distincts comme\u00a0<i>Artificial Light<\/i>\u00a0de Hollis Frampton (1969), ou m\u00eame du plus tardif\u00a0<i>Keaton Cops<\/i>\u00a0(1991) de Ken Jacobs. Dans ce film de Keith Sanborn, la juxtaposition de l\u2019\u00e9l\u00e9ment visuel avec ce son induit une s\u00e9duisante d\u00e9sacralisation des deux \u00e9l\u00e9ments au profit d\u2019un mirage synesth\u00e9sique. L\u2019instabilit\u00e9 relative occasionn\u00e9e par ce rapport est dynamis\u00e9e \u00e0 chaque variation qui renouvelle l\u2019\u00e9tranget\u00e9 et magnifie le m\u00e9trage retrait\u00e9. S\u2019\u00e9labore au fil des transformations une \u00e9tonnante pyrotechnie qui ne semble pas suivre quelconque paradigme narratif mais plut\u00f4t un algorithme complexe.\u00a0<i>The Zapruder Footage\u00a0: An Investigation Of Consensual Hallucination<\/i>\u00a0travaille ainsi la programmation d\u2019un traitement visuel qui est dynamit\u00e9 par un son qui le d\u00e9sarticule. L\u2019appropriation de cette s\u00e9quence mythique remet ainsi cause le respect que nous avons pour la chose film\u00e9e quand il s\u2019agit d\u2019un enregistrement d\u2019un moment historique. Un compteur d\u2019image est plac\u00e9 dans le cadre sup\u00e9rieur droit de l\u2019image, il inscrit un moteur de comparaison que nous exer\u00e7ons ainsi \u00e0 chaque passage de la voiture ou de la s\u00e9quence du film et ce ind\u00e9pendamment des variations. Nous tentons d\u2019ordonner la perception de l\u2019\u00e9v\u00e9nement, d\u2019y rep\u00e9rer une stabilit\u00e9 que les proc\u00e9dures retardent, enjolivent et transforment.<\/p>\n<p>Avec\u00a0<i>Operation Double Trouble<\/i>\u00a0(2003) ce n\u2019est plus l\u2019enregistrement d\u2019un drame national qui est auscult\u00e9 mais un autre outil de propagande\u00a0: un film du corps des Marines am\u00e9ricains. Ce film d\u00e9montre comment il\u00a0<i>\u00ab\u00a0d\u00e9monte, fragmente, morcelle des \u0153uvres pr\u00e9existantes afin d\u2019acc\u00e9der \u00e0 d\u2019autres r\u00e9flexions. R\u00e9flexion sur la consciente m\u00e9diatis\u00e9e dans lequel un espace de r\u00e9flexion est possible.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0[<a id=\"nh8\" title=\"voir la s\u00e9quence dans laquelle des familles attendent l\u2019arriv\u00e9es des Marines\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb8\" rel=\"footnote\">8<\/a>]\u00a0Ce film amplifie la d\u00e9construction d\u2019une des machines de vision que manifeste si bien le cin\u00e9ma hollywoodien et sa forme condens\u00e9e qu\u2019est ce film de propagande de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine. Renouant avec le style h\u00e9ro\u00efque des ann\u00e9es 40, qu\u2019illustrait parfaitement John Ford, le film original que d\u00e9tourne et subvertit subtilement Keith Sanborn est une anthologie de bon sentiment distribu\u00e9 sous une forme \u00e9pique. Le d\u00e9tournement s\u2019effectue au moyen d\u2019un doublement des sc\u00e8nes qui d\u00e9voilent tout ce que le film voulait cacher \u00e0 savoir\u00a0: ce qui permet sa construction. Les coupes sont occult\u00e9es au moyen de la musique qui se poursuit au-del\u00e0 de la coupe afin de cr\u00e9er un climat, mais surtout une continuit\u00e9 par-del\u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des plans. Si pour Eisenstein le montage participait de la collision des plans afin de produire du sens par la dynamique du rapport, pour Hollywood et dans le cas qui nous concerne pour l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine, le montage vise avant tout \u00e0 annihiler toutes ruptures, toutes r\u00e9flexions qui n\u2019iraient pas dans la production d\u2019un sens unique. L\u2019irruption des plans dupliqu\u00e9s dans\u00a0<i>Operation Double Trouble<\/i>, manifeste alors le partis pris id\u00e9ologique du film d\u2019origine autant que ses intentions manich\u00e9ennes. En appliquant \u00e0 ce film une proc\u00e9dure simple, le cin\u00e9aste met \u00e0 jour la qualit\u00e9 du mensonge \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans ce film original.\u00a0<i>\u00ab\u00a0La qualit\u00e9 du mensonge ici est bien moins sinc\u00e8re. Mais c\u2019est pour cette raison qu\u2019elle est tr\u00e8s habile, c\u2019est bien plus rou\u00e9 que les mensonges que pratique le pr\u00e9sident des Etats-Unis m\u00eame si cela participe du m\u00eame style. C\u2019est le style John Wayne, un style pseudo populaire, mais, log\u00e9 tr\u00e8s profond\u00e9ment dans ce style qui a l\u2019air d\u2019\u00eatre populaire et transparent, il y a une sorte de labyrinthe id\u00e9ologique.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0Avec\u00a0<i>Operation Double Trouble<\/i>, Keith Sanborn s\u2019attaque frontalement la production id\u00e9ologique au cin\u00e9ma et rend hommage au travail autour de la notion de spectacle tel que l\u2019a formul\u00e9 Guy Debord \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques. Le spectacle de la soci\u00e9t\u00e9 se donne bien \u00e0 travers le cin\u00e9matographique, mais il ne s\u2019y limite pas. Le spectacle a ceci de remarquable, qu\u2019il proc\u00e8de de strates et r\u00e9seaux annexant progressivement tous les champs de circulation et de distribution de toutes formes de marchandises. Subtilement\u00a0<i>Operation Double Trouble<\/i>\u00a0d\u00e9monte les m\u00e9canismes de mystification \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le film d\u2019origine, qui lui-m\u00eame fonctionne comme catalogue d\u2019id\u00e9es \/ clich\u00e9s re\u00e7us .<br \/>\nEn utilisant ce doublement des plans on assiste comme \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un b\u00e9gaiement peu d\u00e9velopp\u00e9 mais constant. Ce b\u00e9gaiement cin\u00e9matographique\u00a0[<a id=\"nh9\" title=\"On retrouvera quelques ann\u00e9es plus tard deux autres b\u00e9gaiements c\u00e9l\u00e8bres l\u2019un\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb9\" rel=\"footnote\">9<\/a>]\u00a0en convoque indirectement un autre\u00a0:\u00a0<i>Critical Mass<\/i>\u00a0(1969) de Hollis Frampton. Dans ce film, deux jeunes gens se disputent, le gar\u00e7on n\u2019est pas rentr\u00e9 depuis plusieurs jours. La voix des protagonistes se substitue progressivement l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, au moyen du b\u00e9gaiement, l\u2019homme finissant par parler avec une voix de femme se d\u00e9saccordant litt\u00e9ralement de l\u2019image\u00a0[<a id=\"nh10\" title=\"idem, apr\u00e8s pr\u00e9sentation de Operation Double Trouble, plus r\u00e9cemment dans un\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb10\" rel=\"footnote\">10<\/a>]\u00a0. Si comme nous le dit K.Sanborn\u00a0:\u00a0<i>\u00ab\u00a0Hollis Frampton a mont\u00e9 , le film selon un syst\u00e8me formel que l\u2019on peut d\u00e9crire comme algorithmique. Ce qu\u2019il y a de remarquable avec Critical Mass, c\u2019est que les deux personnes ne se connaissaient pas avant de faire le film, le sc\u00e9nario posait les questions quant \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9. De mon c\u00f4t\u00e9, je n\u2019ai pas appliqu\u00e9 d\u2019algorithme aussi complexe que ceux-ci, mais il y avait quelque chose qui m\u2019attirait et j\u2019ai ainsi renforc\u00e9 l\u2019original du film par la duplication .\u00a0[<a id=\"nh11\" title=\"idem apr\u00e8s pr\u00e9sentation de Operation Double Trouble.\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb11\" rel=\"footnote\">11<\/a>]\u00a0\u00bb<\/i><br \/>\nLes deux films travaillent la v\u00e9racit\u00e9 des r\u00e9gimes de discours en les d\u00e9montant au moyen d\u2019une d\u00e9synchronisation progressive, l\u2019un exploite les conflits conjugaux par un b\u00e9gaiement intensif, alors que l\u2019autre explore les conflits internationaux par la duplication.<br \/>\nCette duplication semble illustrer magnifiquement les th\u00e9ories du complot qu\u2019ont su explorer Guy Debord, Gianfranco Sanguinetti, William Burroughs, Craig Baldwin, David Wojnarowicz&#8230; Le film Operation Double Trouble ne r\u00e9p\u00e8te en rien ces th\u00e9ories, il nous permet de le lire \u00e0 travers les \u00e9nonc\u00e9s du film, et fait du film original le vecteur qui sous-tend l\u2019engagement imp\u00e9rialiste de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine. La duplication brise la narration et d\u00e9montre clairement les liens qui unissent films de propagandes et productions hollywoodiennes en d\u00e9voilant quelques-uns des m\u00e9canismes (la continuation de la bande sonore\u00a0: musique ou voix-off, sur deux plans, annihilant ainsi le raccord, la coupe) et qu\u2019ils exploitent avec maestria.<\/p>\n<p>La reprise par Keith Sanborn, (il l\u2019a t\u00e9l\u00e9charg\u00e9 avant de le retravailler) de ce film de propagande commandit\u00e9e \u00e0 la fois par Navy et le corps des Marines\u00a0[<a id=\"nh12\" title=\"Pour m\u00e9moire le corps des Marines est une arm\u00e9e de volontaires, qui sont\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb12\" rel=\"footnote\">12<\/a>], distribu\u00e9 pendant quelques semaines dans un circuit de salle se cin\u00e9ma en Californie. Il avait beaucoup de femmes qui venaient avec leurs enfants au cin\u00e9ma, elles se sont plaintes d\u2019exposer de telles images \u00e0 leurs enfants. Face \u00e0 cette objection morale, le film n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 montr\u00e9 en salle.<br \/>\n\u00ab\u00a0Ironiquement il n\u2019y a pas de copyright sur le film, donc si le gouvernement n\u2019appr\u00e9cie pas ce que j\u2019ai fait il ne peut rien faire de l\u00e9gal. On sait tr\u00e8s bien qu\u2019il peut faire des choses, mais des choses l\u00e9gales non.\u00a0\u00bb\u00a0[<a id=\"nh13\" title=\"KS pr\u00e9sentation de ses films \u00e0 l\u2019\u00e9cole des Beaux Arts Le quai Mulhouse le 17\u00a0(...)\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nb13\" rel=\"footnote\">13<\/a>]<\/p>\n<p>yann beauvais<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<hr \/>\n<div id=\"nb1\">\n<p>[<a title=\"Notes 1\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>]\u00a0\u00c0 partir de 1976, Keith Sanborn suit les cours de Frampton \u00e0 Houston puis \u00e0 Buffalo en 78 , auquel il adjoindra ceux de Tony Conrad. Il travaille pour Paul Sharits. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 80 il devient programmateur de Hallwalls \u00e0 Buffalo.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb2\">\n<p>[<a title=\"Notes 2\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh2\" rev=\"footnote\">2<\/a>]\u00a0Keith Sanborn pensait qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une version cubaine, quand il r\u00e9alisa qu\u2019il s\u2019agissait en fait de le version d\u2019un arrangement de 56, dans le style cubain de cette musique de Brecht par l\u2019am\u00e9ricain Dick Hyman et son orchestre<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb3\">\n<p>[<a title=\"Notes 3\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh3\" rev=\"footnote\">3<\/a>]\u00a0Il s\u2019agit de Jane Austen. Mais \u00e9crit avec un Y, nous invite \u00e0 penser \u00e0 Jayne Mansfield.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb4\">\n<p>[<a title=\"Notes 4\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh4\" rev=\"footnote\">4<\/a>]\u00a0Interview\u00e9 par Peggy Nelson pour Otherzine\u00a0: X Marks the Spot\u00a0: Hunting for Buried Treasure with Keith Sanborn<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb5\">\n<p>[<a title=\"Notes 5\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh5\" rev=\"footnote\">5<\/a>]\u00a0L\u2019\u0153uvre d\u2019art \u00e0 l\u2019\u00e8re de sa reproductibilit\u00e9 technique, racont\u00e9e par Walter Benjamin \u00e0 Keith Sanborn, in Monter Sampler , l\u2019\u00e9chantillonnage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, de yann beauvais &amp; Jean Michel Bouhours, Scratch \/centre Georges Pompidou Paris 2000<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb6\">\n<p>[<a title=\"Notes 6\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh6\" rev=\"footnote\">6<\/a>]\u00a0Renseignement donn\u00e9 par Keith Sanborn lors d\u2019une pr\u00e9sentation et discussions \u00e0 l\u2019Ensba de Paris le 13 mars 2006.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb7\">\n<p>[<a title=\"Notes 7\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh7\" rev=\"footnote\">7<\/a>]\u00a0idem<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb8\">\n<p>[<a title=\"Notes 8\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh8\" rev=\"footnote\">8<\/a>]\u00a0voir la s\u00e9quence dans laquelle des familles attendent l\u2019arriv\u00e9es des Marines dans une base am\u00e9ricaine. Sc\u00e8ne de pleurs et de liesses qui, de fait, emprunte son style \u00e0 Frank Capra, au cin\u00e9ma de reportage autant que celui du grand spectacle qu\u2019\u00e0 l\u2019histoire de la photographie.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb9\">\n<p>[<a title=\"Notes 9\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh9\" rev=\"footnote\">9<\/a>]\u00a0On retrouvera quelques ann\u00e9es plus tard deux autres b\u00e9gaiements c\u00e9l\u00e8bres l\u2019un dans un film d\u2019Andrei Tarkovsky\u00a0:\u00a0<i>Le miroir<\/i>\u00a0(1974) dans un film de Jean Luc Godard\u00a0:\u00a0<i>Passion<\/i>\u00a0(1981)<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb10\">\n<p>[<a title=\"Notes 10\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh10\" rev=\"footnote\">10<\/a>]\u00a0idem, apr\u00e8s pr\u00e9sentation de\u00a0<i>Operation Double Trouble<\/i>, plus r\u00e9cemment dans un film de Martin Arnold le b\u00e9gaiement permet de questionner les relations \u0153dipiennes et le d\u00e9sir sexuel dans\u00a0<i>Alone, Life is Andy Hardy<\/i>\u00a0(1999).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb11\">\n<p>[<a title=\"Notes 11\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh11\" rev=\"footnote\">11<\/a>]\u00a0idem apr\u00e8s pr\u00e9sentation de\u00a0<i>Operation Double Trouble<\/i>.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb12\">\n<p>[<a title=\"Notes 12\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh12\" rev=\"footnote\">12<\/a>]\u00a0Pour m\u00e9moire le corps des Marines est une arm\u00e9e de volontaires, qui sont envoy\u00e9s dans tous les champs d\u2019op\u00e9rations de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine. Leur devise est \u00ab\u00a0Semper Fi(delis).<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"nb13\">\n<p>[<a title=\"Notes 13\" href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/archives\/spip.php?article366#nh13\" rev=\"footnote\">13<\/a>]\u00a0KS pr\u00e9sentation de ses films \u00e0 l\u2019\u00e9cole des Beaux Arts Le quai Mulhouse le 17 mars 06.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Revue&amp;corrig\u00e9e n\u00b0\u00a070 d\u00e9cembre 2006 Keith Sanborn est un cin\u00e9aste qui interroge les repr\u00e9sentations que produisent le cin\u00e9ma, la t\u00e9l\u00e9vision. Il interroge les films afin de cr\u00e9er des espaces de r\u00e9flexion autour de ces repr\u00e9sentations. Il ausculte la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine \u00e0 travers ses m\u00e9dias de film en film. 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