{"id":1805,"date":"2023-01-23T17:23:44","date_gmt":"2023-01-23T16:23:44","guid":{"rendered":"https:\/\/yannbeauvais.com\/?p=1805"},"modified":"2023-01-23T17:24:42","modified_gmt":"2023-01-23T16:24:42","slug":"imburaninha-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yannbeauvais.com\/?p=1805","title":{"rendered":"Imburaninha"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-family: Asobe;\"><span style=\"font-size: large;\">yann beauvais\u00a0 in <i>catalogue exposition Imburaninha<\/i>, Ygrec ENSAPC\u00a0? Experimento Produ\u00e7\u00e3o, Paris 2022<\/span><\/span><\/p>\n<div class=\"page\" title=\"Page 30\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Imburaninha<\/p>\n<p>L\u2019installation Imburaninha comporte un ensemble de proposition filmiques autour d\u2019un arbre : l\u2019imburana de camba\u0303o. Un spe\u0301cimen de cet arbre sur le site du Logrador est privile\u0301gie\u0301 dans la plupart des propositions qui ont la particularite\u0301 de croiser les temps et les espaces puisqu\u2019elles s\u2019e\u0301tendent sur quelques anne\u0301es depuis 2015.<\/p>\n<p>Les films se donnent comme des fragments d\u2019une mosai\u0308que partielle, qui par recoupement de strates d\u2019informations et de tissages d\u2019images explorent un pan<br \/>\ndu serta\u0303o, en relation avec des questionnements quant a\u0300 la transformation des conditions de vie de la faune et de la flore face au changement politique et climatique principalement ge\u0301ne\u0301re\u0301 par l\u2019activite\u0301 ne\u0301cro capitaliste, dont nous subissons tous les effets et qu\u2019on qualifier d\u2019expe\u0301rience de combustion du monde1. Les habitants de ces terres du serta\u0303o en l\u2019occurence les Atikum-Uma\u0303 ont par la colonisation et les formes de captage de terre qu\u2019elles ont enclenche\u0301es ont e\u0301te\u0301 expulse\u0301s. Les paysages n\u2019en portent pas ne\u0301cessairement la trace mais les re\u0301cits, et les chants les e\u0301voquent. Les paysages sont filme\u0301s selon des rythmes et intensite\u0301 distinctes accompagne\u0301s par des tore\u0301s chante\u0301s et battus au pied par les Atikum-Uma selon leur incessantes ritournelles.<\/p>\n<p>Des captures faites depuis 2015 ont alimente\u0301 les diffe\u0301rentes nouvelles propositions filmiques en montrant des aspects autour du site et qui se focalisent<br \/>\nsur les tore\u0301s danse\u0301s et chante\u0301s des Atikum-Uma\u0303. Les toantes (paroles) de ces chants e\u0301voquent un temps re\u0301volu ou le miel e\u0301tait abondant ; ils signent ainsi a\u0300 leur manie\u0300re, la fin d\u2019un monde1.<\/p>\n<p>28<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Les films pre\u0301sente\u0301s dans l\u2019installation s\u2019organisent en contrepoint a\u0300 un premier film Derrubada na\u0303o ! re\u0301alise\u0301 entre 2016 et 2018 qui traitait du Projeto Imburana conc\u0327ut par Edson Barrus, et que j\u2019ai accompagne\u0301 depuis le de\u0301but.<\/p>\n<p>Ce film avait e\u0301te\u0301 pense\u0301 comme un parcours dans le paysage, autour et dans le site afin de donner un aperc\u0327u de sa transformation en fonction des diffe\u0301rentes de\u0301ambulations effectue\u0301es sur trois ans. Il e\u0301tait important, de proposer une vue d\u2019ensemble simultane\u0301e combinant une vue exte\u0301rieure et une vue inte\u0301rieure, afin d\u2019avoir l\u2019opportunite\u0301 de percevoir une diffe\u0301rence ou non depuis la clo\u0302ture. Juxtaposer des moments de la journe\u0301e et des pe\u0301riodes de se\u0301cheresse ou de floraison. Les faux panoramiques en bordure ont e\u0301te\u0301 privile\u0301gie\u0301s afin de produire une sorte de sensation physique comme lorsqu\u2019on se balade dans le terrain. Selon la saison, pluvieuse ou se\u0300che, il devenait plus ou moins difficile d\u2019en faire le tour, qui pouvaient ainsi s\u2019e\u0301tendre entre 3 et<\/p>\n<p>5 heures face aux e\u0301pines, pousses et mauvaises herbes etc. La densification ou l\u2019appauvrissement de la ve\u0301ge\u0301tation modifient les conditions d\u2019expe\u0301rience de la prise de vue. En juillet 2019, il e\u0301tait impossible de faire le tour complet du site, nous devions ramper pour entrer, alors que le mois suivant nous pouvions retrouver les traces de diffe\u0301rents cheminements. Suite a\u0300 deux mois la se\u0301cheresse e\u0301tait telle, que tout semblait calcine\u0301, et cependant de nouvelle boutures et fleurs apparaissaient occasionne\u0301es par de petites pluies apre\u0300s une saison de vent.<\/p>\n<p>Ces diffe\u0301rentes raisons, m\u2019ont amene\u0301 a\u0300 recourir a\u0300 un dispositif d\u2019images multiples afin de de\u0301ployer une pluralite\u0301 de moments, afin de montrer simultane\u0301ment diffe\u0301rents e\u0301tats de la ve\u0301ge\u0301tation. Des vues, image par image suivant des parcours<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>1. J\u2019emprunte ce terme a\u0300 Achille Mbembe in Brutalisme, La de\u0301couverte, Paris 2020, p 17a\u0300 21.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 31\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>oppose\u0301s du paysage passant de l\u2019aridite\u0301, a\u0300 la se\u0301cheresse et a\u0300 des pousse\u0301es ve\u0301ge\u0301tales soudaines.<\/p>\n<p>Ces se\u0301quences sont oppose\u0301es a\u0300 diffe\u0301rents parcours (caminhadas) le long du site ; presque une de\u0301rive sur les chemins qui s\u2019ouvraient devant moi ; le plus souvent au coucher du soleil ; apre\u0300s une journe\u0301e de tournage. Pour une raison similaire, j\u2019ai introduit diffe\u0301rents voix et conversations dans le film, tandis que d\u2019autres sont des esquisses pour l\u2019installation en cours et qui devrait e\u0302tre pre\u0301sente\u0301s prochainement. Ces conversations couvrent un large e\u0301ventail de sujets : elles traitent de l\u2019histoire des Atikum-Uma\u0303, tandis que d\u2019autres traitent de l\u2019utilisation par les indige\u0300nes<\/p>\n<p>de diffe\u0301rentes plantes, dont l\u2019Imburana, tandis-que d\u2019autres se focalisent sur la transformation de leurs habitudes, de leur culture au cours des dernie\u0300res de\u0301cennies&#8230; Ces entretiens sont accompagne\u0301s, confronte\u0301s a\u0300 une cre\u0301ation sonore de Thomas Ko\u0308ner (artiste sonore) avec lequel j\u2019ai travaille\u0301 sur d\u2019autres projets impliquant des pre\u0301sentations en direct et des installations multi-e\u0301crans. Pour ce film Derrubada na\u0303o !, nous avons convenu que nous n\u2019aurions pas de son naturel. En raison du traitement des images, il semble inapproprie\u0301 d\u2019avoir un son naturaliste qui accentuerait une line\u0301arite\u0301 re\u0301aliste.<\/p>\n<p>Derrubada na\u0303o ! de\u0301veloppe quelques lignes d\u2019investigation que j\u2019ai suivies au<br \/>\nfil des ans ; l\u2019une d\u2019elles concerne le film de paysage, une autre : l\u2019organisation du mode\u0300le d\u2019images composites, ainsi que la production de relation entre texte et image. L\u2019image en mouvement met en sce\u0300ne l\u2019espace. Elle expose l\u2019espace dans le temps et le fait de nombreuses manie\u0300res, mais elle ne dispose pas pour autant du temps. Sa manie\u0300re de faire avec le temps, par-dela\u0300 la line\u0301arite\u0301 des supports du cine\u0301ma et de la vide\u0301o, s\u2019effectue selon des alternances de plans ou des juxtapositions dans le cadre, par surimpression, cache ou incrustation. Le rapport entre diffe\u0301rents espaces, points de vue alterne\u0301s ou simultane\u0301s est ce qui fait de l\u2019image un territoire a\u0300 de\u0301crypter, un territoire dans lequel on se meut autant qu\u2019il expose une diversite\u0301 topographique2.<br \/>\nLa particularite\u0301 du traitement des images et de leur espacement est qu\u2019il s\u2019effectue selon une re\u0301partition d\u2019images plus petites qui ne compose pas une mosai\u0308que mais des doubles bandes ou strates dans lesquelles les cadres se de\u0301placent de gauche a\u0300 droite ou en sens inverse, tout en offrant dans chaque cadre des de\u0301placements autour et complexes a\u0300 l\u2019inte\u0301rieur du champ selon des parcours a\u0300 la fois impose\u0301s et ale\u0301atoires selon des motifs complexes de permutations.<\/p>\n<p>Les autres propositions sont a\u0300 la fois des contrepoints et des mises en perspectives de\u0301place\u0301es, puisqu\u2019elles incorporent a\u0300 la fois une vide\u0301o surveillance de l\u2019Imburana (moteur du Projeto Imburana), que des sce\u0300nes de danses du peuple Atikum- Uma\u0303 en diffe\u0301rents lieux et occasions, ainsi que des vues de champs d\u2019Imburana a\u0300 la frontie\u0300re du Pernambouc et de Bahia, mais aussi des plans se\u0301quences dans lesquels<br \/>\nles changement de lumie\u0300re dans la caatinga, modifient la perception de ce qui est<br \/>\nvue. On de\u0301couvre autrement le site et sa ve\u0301ge\u0301tation selon des variations d\u2019intensite\u0301<br \/>\nde lumie\u0300re dans le sous bois. La dure\u0301e des plans qui, ne rivalisent pas avec ceux de James Benning filmant les paysages nord ame\u0301ricain, leur apparent statisme s\u2019opposent au dynamisme tactile de Derrubada na\u0303o !, en proposant une suspension du regard qui invite a\u0300 s\u2019impre\u0301gner du paysage ; a\u0300 le parcourir selon d\u2019autres modes d\u2019observation. L\u2019irruption de sons naturalistes scandant le temps a\u0300 travers les bourrasques de vent et le chant d\u2019oiseaux et d\u2019autres bruits qui font appel a\u0300 une certaine urbanite\u0301 plus qu\u2019au fantasme d\u2019un environnement dit naturel ; c\u2019est-a\u0300-dire non pollue\u0301. Logrador et Fondu<\/p>\n<p>2. yann beauvais : De l\u2019image composite in Esthe\u0301tique de la complexite\u0301 Pour un cognitivisme non- line\u0301aire, sous la direction de Louis-Jose\u0301 Lestocart, e\u0301ditions Hermann, Paris 2017, page 155<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 32\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>au Logrador proposent deux immersions distinctes dans la caatinga, se focalisant sur l\u2019Imburana mais, selon des traitements et organisations visuelles comple\u0301mentaires, l\u2019un privile\u0301giant des vues rapproche\u0301es du tronc, des branche des arbres alors l\u2019autre privile\u0301gie des plans plus larges, dans lesquels il s\u2019agit de s\u2019approcher a\u0300 distance, d\u2019un Imburana, par touches successives.<\/p>\n<p>Une came\u0301ra de vide\u0301o surveillance donne a\u0300 voir en direct un pan du site et nous permet de voir cet Imburana, qui a e\u0301te\u0301 le catalyseur du Projeto Imburana. Rendre compte, en temps re\u0301el a\u0300 travers une repre\u0301sentation, un ailleurs : l\u2019arbre dans le site. Installer un simulacre de pre\u0301sence au travers d\u2019une repre\u0301sentation lointaine a\u0300 la manie\u0300re d\u2019une transmission (en circuit restreint) d\u2019un direct te\u0301le\u0301visuel quelconque sans enjeux, sans suspense. Il s\u2019agit de pouvoir jeter un coup d\u2019\u0153il a\u0300 l\u2019ailleurs, en le mettant en pre\u0301sence, d\u2019un ensemble d\u2019enregistrement diffe\u0301rencie\u0301 du me\u0302me arbre et de son environnement, selon d\u2019autres modalite\u0301s, que celle d\u2019un flux constant sur un me\u0302me point de vue. Ce n\u2019est pas une came\u0301ra de surveillance qui enregistre ce qui<br \/>\nse passe, mais simplement diffuse ce qui se passe dans un espace circonscrit par le cadre choisit lors de la mise en place du dispositif dans le site. L\u2019attention porte\u0301e par la came\u0301ra sur l\u2019arbre, de\u0301place la banalite\u0301 du plan en l\u2019e\u0301levant a\u0300 la dimension d\u2019une cause : Un Arbre a\u0300 pre\u0301server. La came\u0301ra manifeste une politique de l\u2019observation qui dans ce cas pre\u0301cis n\u2019est pas oriente\u0301 dans le champ se\u0301curitaire mais, s\u2019offre comme mettant a\u0300 disposition un (de)hors ; une ouverture autant qu\u2019une intrusion de l\u2019ailleurs dans, l\u2019ici de l\u2019espace clos d\u2019une galerie. Le lointain soudain proche, a\u0300 porter de main, ou la possibilite\u0301 de contempler un pan de nature qui ne re\u0301pond aux crite\u0300res<br \/>\ndu spectaculaire, du tellurique ou de l\u2019industrie touristique, ni me\u0302me a\u0300 la collectes<br \/>\nde donne\u0301es mesurant la de\u0301gradation ou la re\u0301habilitation d\u2019un terrain, comme cela se pratique en Afrique et principalement au Kenya, Madagascar ou au mali3.<\/p>\n<p>Le film Extrac\u0327a\u0303o de l\u2019arbre mort qui devient pour l\u2019exposition, Tronco Velho, re\u0301alise\u0301 au moyen d\u2019un drone permet d\u2019avoir une autre image de la caatinga. Le survol de la fore\u0302t blanche donne un aperc\u0327u de la topographie du biome et de\u0301voile une partie des transports ge\u0301ne\u0301re\u0301s par l\u2019exposition en terme de de\u0301racinement et de\u0301placement, en effet il ne s\u2019agit que de l\u2019extraction de l\u2019arbre de son milieu, et pas de sa de\u0301localisation transcontinentale. Pour des raisons le\u0301gales, il e\u0301tait ne\u0301cessaire de pouvoir montrer<br \/>\nle lieu ou l\u2019arbre mort a e\u0301te\u0301 pre\u0301leve\u0301 afin d\u2019e\u0301tablir qu\u2019il n\u2019a pas e\u0301te\u0301 abattu pour les besoins du film ou de l\u2019exportation, mais trouve\u0301 ainsi, et donc le recours au drone. Dans Extrac\u0327a\u0303o, la pre\u0301sence humaine est essentielle, elle souligne les liens que nous entretenons avec l\u2019environnement et qui sont le plus souvent des liens d\u2019exploitation et d\u2019extorsion. On ne pouvait faire l\u2019impasse sur cette capture et ses re\u0301percussions, qui se manifestent pour et au travers de Imburaninha. Le pre\u0301le\u0300vement de l\u2019arbre renvoie indirectement aux usages consume\u0301ristes des richesses mine\u0301rales et ve\u0301ge\u0301tales, des pays occidentaux.<\/p>\n<p>Ces deux films recourent a\u0300 des outils technologiques qui sont loin d\u2019e\u0302tre neutre en regard de leur empreinte carbone, puisque pour transmettre les images, on fait appel a\u0300 des moyens de communication qui brulent de grande quantite\u0301 d\u2019e\u0301nergie, et ce me\u0302me si la came\u0301ra et sa transmission fonctionnent avec de l\u2019e\u0301nergie solaire. Il n\u2019existe pas de filmage e\u0301nerge\u0301tiquement non impactant et le cine\u0301ma argentique n\u2019a jamais e\u0301te\u0301 un dispositif e\u0301cologiquement neutre. Reste que la question des usages et des moyens ne peut e\u0302tre e\u0301vacuer dans la production du travail.<\/p>\n<p>3. Voir Landscape Degradation Surveillance Framework http:\/\/landscapeportal.org\/ blog\/2015\/03\/25\/the-land-degradation-surveillance-framework-ldsf\/<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 33\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>Ces deux enregistrements bien que diffe\u0301rents &#8212; puisqu\u2019un est en devenir et<br \/>\nn\u2019a d\u2019existence que par lors de sa transmission, et dont on ne garde pas de trace<br \/>\n&#8212; ne sont pas pas accompagne\u0301s par des textes, comme c\u2019est le cas des autres films. L\u2019image est donne\u0301, sans commentaire ! Dans le cas du streaming de l\u2019arbre, il ne s\u2019agit pas de surveiller ce qui se passe, mais donner a\u0300 voir la\u0300-bas, infusant dans l\u2019espace<br \/>\nde l\u2019exposition une pre\u0301sence absente (de\u0301place\u0301e) particulie\u0300re. Ce qui est jeu ici, c\u2019est d\u2019attirer l\u2019attention sur un arbre d\u2019une espe\u0300ce en voie de disparition au moyen de la came\u0301ra de surveillance. L\u2019observation devient un acte collectif et s\u2019e\u0301carte de toute<br \/>\nide\u0301e de contro\u0302le. L\u2019arbre du Logrador apparaissant plus ou moins intense\u0301ment dans<br \/>\nla vitrine selon l\u2019ensoleillement en re\u0301gion parisienne. Son image se dissout dans la lumie\u0300re de l\u2019espace de sa re\u0301ception.<\/p>\n<p>Le streaming renvoie a\u0300 l\u2019existence de la plante vivante, sur le site, a\u0300 un pre\u0301sent la\u0300 et maintenant qui dialogue avec les diffe\u0301rentes repre\u0301sentations et contextualisations produites par les autres images en mouvement. Ces plans re\u0301alistes renforcent l\u2019apparence des se\u0301quences composant les autres films, qui sont manipule\u0301s a\u0300 plus d\u2019un titre, par des surimpressions le\u0301ge\u0300rement de\u0301cale\u0301s, par des changements de vitesses, ou bien par conflagration temporelle et spatiale d\u2019un plan a\u0300 un l\u2019autre.<\/p>\n<p>Les textes irriguant tous les films proposent parfois des traductions des paroles de quelques Tore\u0301 des Atikum-Uma\u0303 que l\u2019on voit danser de jour comme de nuit. Mais leur transposition e\u0301crite n\u2019est pas synchronise\u0301e a\u0300 leur e\u0301nonciation, ces placards textuels viennent habiter les diffe\u0301rentes se\u0301quences selon des pulsations asyme\u0301triques a\u0300 celles du Tore\u0301 et circulent au travers les se\u0301quences comme une ritournelle pre\u0302te a\u0300 se disloquer a\u0300 chaque instant, par rupture me\u0301trique dans la syncope, mais qui cependant inscrit un territoire4, en l\u2019occurence celui des Atikum-Uma\u0303.<\/p>\n<p>L\u2019utilisation des textes est re\u0301current dans mon travail et les questions relatives<br \/>\na\u0300 ses usages ont nourris ma pratique du mot comme (dites)5 image. Le texte ne vient pas signifier l\u2019image quand il accompagne ou lorsqu\u2019il est superpose\u0301 a\u0300 des images<br \/>\nen mouvement. Il ge\u0301ne\u0300re d\u2019autres types de lectures et d\u2019appre\u0301hension du flux des images en tant qu\u2019il oppose au moins deux modes de distribution d\u2019attention qui font appel a\u0300 des temps concurrents. La relation texte \/ image ou texte comme image induit d\u2019autres formes de prescription du regard en fonction des contenus de\u0301ploye\u0301s. Le texte peut venir commenter, nourrir l\u2019image comme le fait par exemple Yvonne Rainer dans quelques films, ou bien il peut provoquer du contresens ou non sens comme ont pu le faire des cine\u0301astes des anne\u0301es 20, 30, les lettristes etc&#8230;<\/p>\n<p>Le recours au texte comme image participe de la de\u0301-hie\u0301rarchisation des e\u0301le\u0301ments instituants une image en mouvement, puisque celui-ci devient aussi important que<br \/>\nles autres composants. Le texte venant parasiter l\u2019image cre\u0301ant une nouvelle strate dans la production composite des images. Dans le cas des films de Imburaninha,<br \/>\nils interviennent comme suspension dans la contemplation de la caatinga, ou bien agissent comme des ratures sur l\u2019image dans le cas de Derrubada na\u0303o ! . Le texte inscrit une alte\u0301rite\u0301 en de\u0301tournant le regard de l\u2019image, en jouant avec d\u2019autres instances de traitement de la repre\u0301sentation. L\u2019apposition d\u2019un texte, d\u2019une phrase sur un paysage se de\u0301ploie de\u0301ja\u0300 avec Joyce Wieland dans Reason Over passion (1968),<\/p>\n<p>4. On ne peut e\u0301viter de penser au concept de ritournelle de\u0301veloppe\u0301 par Gilles Deleuze et Felix Guattari in Mille Plateaux, Les e\u0301ditions de Minuit, Paris 1980.<br \/>\n5. J\u2019avais organise\u0301 une exposition de film au Centre Pompidou en octobre 1988, qui portait le titre Mot : dites, image, autour d\u2019une histoire du cine\u0301ma expe\u0301rimental dans laquelle le texte est l\u2019image, ed Scratch Centre Pompidou, Paris.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 34\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>qui travaille la permutation de cette phrase au long du film, alors que 1933 (1967-68), affiche pendant toute sa dure\u0301e, le titre du film. Ces usages sont peu fre\u0301quents dans les propositions pour Imburaninha, le recours au texte s\u2019inscrit plus dans le champ<br \/>\nde l\u2019intertitre, ou du placard qui interrompt la lumie\u0300re, le flot des images ; reprenant<\/p>\n<p>a\u0300 des strate\u0301gies mises en place dans quelques films pre\u0301ce\u0301dent qui traitent du sida (Tu, sempre 2001) et qui privile\u0301gient les phrases au mot a\u0300 mot comme je l\u2019ai fait dans VO\/ID (1985-86), Sid a Ids (1992), Basta (2018)&#8230; Le flux des textes lorsqu\u2019il s\u2019agit de de\u0301filant cre\u0301e de nouvelles tensions lors de la reprise de l\u2019image \u00ab re\u0301aliste \u00bb qui<br \/>\nest hante\u0301 par le mouvement des lignes de textes s\u2019estompant progressivement a\u0300 la surface de l\u2019image. Tous les textes ne sont pas traduits en portugais ou en franc\u0327ais et lorsqu\u2019ils le sont, ce n\u2019est pas toujours simultane\u0301ment.<\/p>\n<p>Les de\u0301ambulations dans le site du Logrador proposent des vues diffe\u0301rencie\u0301s<br \/>\nde la caatinga, me\u0302me si il est parfois difficile de le percevoir, la se\u0301cheresse lissant la ve\u0301ge\u0301tation, ou bien sa luxuriance fait e\u0301cran et masque les de\u0301tails par la prolife\u0301ration de nouvelles pousses.<br \/>\nMais tout tourne autour de l\u2019arbre, et quand bien me\u0302me il s\u2019agit du Tore\u0301, les Atikum- Uma\u0303 se re\u0301fe\u0301rant au miel, indirectement parle de Imburana qui accueille fre\u0301quemment des essaims. L\u2019arbre dans le paysage est un motif majeur dans le cine\u0301ma ; que l\u2019on songe aux arbres apparaissant dans le brouillard se levant de Fog Line (1970) de<br \/>\nLarry Gottheim ou de Kiri (1972) de Sakumi Hagiwara, les arbres fruitiers de Champ provenc\u0327al (1978) de Rose Lowder, les arbres en hiver de 3\/60 Baume im Herst de Kurt Kren, de Mars (2006) de nous me\u0302me, ou de Dark Trees (2019) de Malcolm Le Grice, les arbres des parcs de Londres de Colour of This Time (1972) de William Raban, et de Park Film (1973) de Chris Welsby ou l\u2019arbre majestueux de 37\/78 Tree Again de Kurt Kren, mais aussi a\u0300 la traverse\u0301e d\u2019une fore\u0302t suspendue dans les airs, 16MM (2015) de Daniel Steegman Mangrane\u0301. Ce dernier travail re\u0301alise\u0301 dans la Mata Atla\u0302ntica fait sens avec Imburaninha, dans la mesure ou ces deux propositions s\u2019inte\u0301ressent a\u0300 des biomes bre\u0301siliens, largement exploite\u0301s depuis la colonisation et, qui ont engendre\u0301es des conflits e\u0301conomiques, scientifiques et territoriaux, auquel s\u2019ajoute les conse\u0301quences du changement climatique. Rien de tout cela n\u2019est e\u0301voque\u0301 a\u0300 l\u2019e\u0301cran, et pourtant derrie\u0300re les repre\u0301sentations de la mata atla\u0302ntica ou de la caatinga, ces questions hantent ces territoires. Avec les films d\u2019Imburaninha, on est plonge\u0301s dans une espe\u0300ce d\u2019attente sans re\u0301solution.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble de ce travail est re\u0301alise\u0301, afin d\u2019attirer l\u2019attention sur un arbre en<br \/>\nvoie de disparition, mais cette mise en lumie\u0300re de ce projet s\u2019est me\u0301tamorphose\u0301, en un rhizome de propositions relevantes et distinctes. Qu\u2019ils s\u2019agissent de films ou de dispositifs relatifs a\u0300 la monstration de cette espe\u0300ce. Dans le champ qui me concerne, le travail filmique s\u2019est accompagne\u0301 de recherches extensives, qui en de\u0301clenchent de nouvelles et produisent d\u2019autres expe\u0301rimentations. Le passage d\u2019un film Derrubada na\u0303o ! (qui est une seconde proposition autour du Projeto Imburana6) a\u0300 une forme e\u0301largie (Imburaninha), qui avait trouve\u0301 ces premie\u0300res extensions lors de diffe\u0301rentes pre\u0301sentations du film, dans lequel je mettais en place des dispositif faisant appel a\u0300 des documents audio-visuels, des e\u0301bauches ou des extraits de la somme des mate\u0301riaux engrange\u0301s au fil des ans autour du projet, a facilite\u0301 le choix des e\u0301le\u0301ments qui composent cette installation.<\/p>\n<p>La question de l\u2019immersion dans le paysage devait pouvoir e\u0302tre suspendue a\u0300<\/p>\n<p>6. En effet pour la deuxie\u0300me triennale de Sorocaba en 2017 : Frestas trienal de arte :Entre po\u0301s- verdades e acontecimentos pour lequel Edson Barrus avait e\u0301te\u0301 invite\u0301 et pre\u0301sentait a\u0300 cette occasion le Projeto Imburana, j\u2019avais fait un re\u0301alise\u0301 un film installation : Imburana Frestas.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"page\" title=\"Page 35\">\n<div class=\"layoutArea\">\n<div class=\"column\">\n<p>quelques instants ; afin d\u2019e\u0301viter la contemplation et fascination par et de l\u2019exotique. Ainsi le son, qui participe souvent de cette immersion est travaille\u0301, selon des ruptures et des asynchronismes qui interrogent ce que l\u2019on voit autant que ce que l\u2019on entend. De plus dans l\u2018espace d\u2019exposition d\u2019Imburaninha, on peut interrompre le flot des images : les suspendre, remettant en cause l\u2019ide\u0301e du montage a\u0300 sens unique, et l\u2019autorite\u0301 de la line\u0301arite\u0301 que les boucles finissent par induire.<\/p>\n<p>Les liens entre les textes, les sons et les images ne rele\u0300vent pas de la concordance ou de l\u2019adhe\u0301rence ; ils fluctuent dans un ailleurs, suspendu aux questions de permanence, et de vulne\u0301rabilite\u0301 d\u2019une espe\u0300ce, d\u2019un peuple. A\u0300 la fragmentation et aux e\u0301clats de Derrubada na\u0303o ! s\u2019opposent les lentes variations et transformations de la reprise d\u2019un motif sous tous ces angles rappelant la circularite\u0301 du tore\u0301 dans trois des films montre\u0301s. Ce ne sont pas les me\u0302mes expe\u0301riences qui sont convoque\u0301es7, mais elles ne s\u2019excluent pas. Le kale\u0301idoscope de leur re\u0301union donne l\u2019occasion d\u2019envisager des liens entre des manie\u0300res d\u2019e\u0302tre au monde. Les contextes, les amorces de re\u0301flexions, les fulgurances visuelles indiquent des potentialite\u0301s qui sont active\u0301es ou non en fonction des lieux et des circonstances. Le Projeto Imburana est un re\u0301servoir de potentialite\u0301s qui sont de\u0301ploye\u0301es en regard des possibilite\u0301s de re\u0301alisation, dans le cas de Imburaninha, ce sont quelques propositions filmiques qui accompagne Tronco Velho et l\u2019Alambic, d\u2019autres fois quand il s\u2019agit de PlantAc\u0327oes on introduit d\u2019autres e\u0301le\u0301ments cine\u0301matographiques. A chaque fois il s\u2019agit de manifester, de faire exister un projet vivant, donc en constante mutation, transformation. Les films comme les propositions de\u0301ploye\u0301es par Edson Barrus participent tous, de cette dynamique de pre\u0302ter attention a\u0300 une espe\u0300ce, de ne pas faire comme si&#8230;.<\/p>\n<p>Recife aout 2022 yann beauvais<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><span style=\"font-family: Asobe;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>yann beauvais\u00a0 in catalogue exposition Imburaninha, Ygrec ENSAPC\u00a0? Experimento Produ\u00e7\u00e3o, Paris 2022 Imburaninha L\u2019installation Imburaninha comporte un ensemble de proposition filmiques autour d\u2019un arbre : l\u2019imburana de camba\u0303o. 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