{"id":183,"date":"2014-03-03T22:26:30","date_gmt":"2014-03-03T21:26:30","guid":{"rendered":"https:\/\/yannbeauvais.com\/?p=183"},"modified":"2015-01-29T22:09:16","modified_gmt":"2015-01-29T21:09:16","slug":"la-toile-dedson-barrus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yannbeauvais.com\/?p=183","title":{"rendered":"La toile d\u2019Edson Barrus (Fr)"},"content":{"rendered":"<div>\n<p><strong>\u00e9crit dans le cadre d\u2019un \u00e9t\u00e9 br\u00e9silien \u00e0 Metz 2005<\/strong><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>[FR] \u00ab\u00a0La Toile se construit dans l\u2019adversit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019installation cr\u00e9\u00e9e par Edson Barrus dans l\u2019\u00e9glise des Trinitaires \u00e0 Metz, dans le cadre de un Et\u00e9 br\u00e9silien (1), est singuli\u00e8re \u00e0 plus d\u2019un \u00e9gard. Son titre\u00a0:\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0indique un \u00e9tat et plus pr\u00e9cis\u00e9ment un plan dans l\u2019espace. La\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0occupe un espace ind\u00e9pendamment de son support. Le titre fran\u00e7ais partage avec sa traduction portugaise des similarit\u00e9s de compr\u00e9hension et d\u2019extension qui vont de la r\u00e9f\u00e9rence picturale, au r\u00e9seau, en passant par le champ cin\u00e9matographique.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre propos\u00e9e est un tissage de pellicule 35mm. Il s\u2019agirait d\u2019une proposition cin\u00e9matographique. La\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0participe \u00e0 l\u2019expansion du cin\u00e9ma, elle reprend la question de l\u2019\u00e9largissement du cin\u00e9ma selon des modalit\u00e9s tr\u00e8s diff\u00e9rentes de celles en vigueur dans l\u2019art du temps. On est en pr\u00e9sence d\u2019un \u00e9largissement du cin\u00e9ma en tant que sculpture. Il s\u2019agirait d\u2019une proposition plastique. L\u2019investissement de l\u2019espace, sa transformation par l\u2019adjonction d\u2019un \u00e9l\u00e9ment qui vient litt\u00e9ralement occulter le d\u00e9ploiement de la nef.<\/p>\n<p>L\u2019ouverture \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 est constante dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental autant qu\u2019elle l\u2019est dans les rapports que les plasticiens entretiennent avec le cin\u00e9ma. Mais si pour les cin\u00e9astes exp\u00e9rimentaux cet \u00e9largissement privil\u00e9gie une expansion de l\u2019\u0153il et donc de la vision\u00a0;il ne peut, ni ne s\u2019est cantonn\u00e9 \u00e0 la seule production de dispositifs particuliers de projection. En effet, d\u2019autres exp\u00e9riences pr\u00f4naient l\u2019\u00e9largissement de la conscience par la lib\u00e9ration de l\u2019\u0153il, en le d\u00e9barrassant des habitudes de voir afin de produire de nouvelles visions.<br \/>\nCette attitude s\u2019est incarn\u00e9e dans toute l\u2019\u0153uvre (\u00e9crite et filmique) de Stan Brakhage(2). Cette compr\u00e9hension du cin\u00e9ma fait de celui-ci, dans sa pratique un art visionnaire qui propose des exp\u00e9riences visuelles inou\u00efes. Ces exp\u00e9riences se traduisent dans un art du faire cin\u00e9matographique qui interroge la cam\u00e9ra, autant que le support. Celle-ci manifeste une libert\u00e9 vis-\u00e0-vis de l\u2019outil et de son savoir techniciste normatif. Cet apprentissage de la libert\u00e9 se retrouve de mani\u00e8re distincte dans la plupart des exp\u00e9riences de cin\u00e9ma \u00e9largi depuis les ann\u00e9es 60 et a permis ainsi d\u2019envisager le cin\u00e9ma autrement entre ce qui met en avant autant le dispositif cin\u00e9matographique que ce qui l\u2019exc\u00e8de.<\/p>\n<p>Le film comme le dit Hollis Frampton (3), module la lumi\u00e8re . Si le support cin\u00e9matographique semble avoir privil\u00e9gi\u00e9 cette investigation, il n\u2019est cependant pas le seul \u00e0 l\u2019avoir travailler\u00a0; la pr\u00e9occupation quant \u00e0 la modulation et qualification de la lumi\u00e8re est, depuis fort longtemps, l\u2019un des enjeux de la peinture et la sculpture. Cette approche s\u2019est consid\u00e9rablement renouvel\u00e9 avec le modernisme dans diff\u00e9rentes phases tel par exemple le Bauhaus(4), l\u2019art cin\u00e9tique ou l\u2019op-art. On peut signaler des \u00e0 pr\u00e9sent qu\u2018avec le cin\u00e9ma, les pr\u00e9occupations de nombres d\u2019artistes quant \u00e0 la mat\u00e9rialisation d\u2019une qualification de la lumi\u00e8re selon un d\u00e9veloppement temporel de la couleur se sont consid\u00e9rablement renouvel\u00e9es, principalement dans le versant exp\u00e9rimental. C\u2019est ainsi que les exp\u00e9rimentations directes quant au support chez Brakhage convergent, et retrouvent parfois, certaines pr\u00e9occupations de plasticiens qui interrogeant la d\u00e9composition de la lumi\u00e8re (Nicolas Sch\u00f6ffer) ou de cin\u00e9astes et le lien entre film et lumi\u00e8re (Len Lye, Anthony McCall). Ces artistes explorent les passages entre cin\u00e9ma et peinture et ou sculpture, chacun a sa mani\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour d\u2019autres encore cette exploration peut s\u2019accompagner d\u2019une red\u00e9finition du cin\u00e9ma et d\u2019une transformation de la repr\u00e9sentation cin\u00e9matographique qui s\u2019extrayant de la simple projection se manifeste au moyen du frozen film frames(5) qui envisagent un rapport spatial au ruban et non plus dans le cadre de la projection m\u00eame. Tableaux de pellicule ces travaux de Peter Kubelka et de Paul Sharits d\u00e9placent le cin\u00e9ma vers les cimaises. Ils proposent au regard l\u2019ensemble du ruban constituant l\u2019ouvre, qui n\u2019est plus accessible selon la succession des photogrammes mais selon une expansion spatiale. Remarquons que cette expansion spatiale a ceci de particuliers qu\u2019elle au ruban m\u00eame, sans l\u2019appareil optique, le projecteur, sans lequel, l\u2019exp\u00e9rience du cin\u00e9ma que l\u2019on conna\u00eet n\u2019a pas lieu. Le tableau de pellicule permet d\u2019envisager en totalit\u00e9 la structure du film, il est sa partition tout en conservant une caract\u00e9ristique plastique certaine. Les frozen film frames de Paul Sharits partagent avec \u00ab\u00a0le pattern painting\u00a0\u00bb de troublantes similitudes quant \u00e0 la modularit\u00e9 des motifs et quant au jeu de variations et d\u2019alternances qui se propagent dans le plan.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-639\" src=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile-300x225.jpg\" alt=\"toile\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile-300x225.jpg 300w, https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile-624x468.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><br \/>\nOn retrouve ainsi cette question de la plan\u00e9it\u00e9 du travail avec la\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0d\u2019Edson Barrus. On retrouve une autre similarit\u00e9 qui vient de l\u2019usage du mat\u00e9riau, le ruban, plus proche en cela du projet de Peter Kubelka qui recourt lui aussi au 35mm. Mais le travail de l\u2019artiste br\u00e9silien s\u2019en distingue de nombreuses mani\u00e8res.<br \/>\nTout d\u2019abord le film, le ruban est avant tout un mat\u00e9riau, comme un autre. Mat\u00e9riau que l\u2019on travaille sans m\u00e9nagement. Mat\u00e9riau auquel se confronte le corps. Il n\u2019a pas de f\u00e9tichisation de l\u2019\u00e9mulsion, elle est un v\u00e9hicule qui a \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9. Le ruban tiss\u00e9, ne repr\u00e9sente pas autre chose que lui-m\u00eame, il ne d\u00e9voile pas une structure d\u2019un \u00e9v\u00e9nement qu\u2019on pourrait appr\u00e9hender diff\u00e9remment en salle. Ce n\u2019est plus tant la lin\u00e9arit\u00e9 qui est investit que l\u2019enchev\u00eatrement qui assombrit les masses de couleurs. Le ruban est le mat\u00e9riau travaill\u00e9. Il vient avec les sp\u00e9cificit\u00e9s du tirage industriel. Il est avant tout constitu\u00e9 de bandes-annonces de films contemporains. Bandes-annonces accompagn\u00e9es de leurs amorces op\u00e9rateur, c\u2019est-\u00e0-dire avec tout ce qui permet au film d\u2019\u00eatre projet\u00e9 (et qui n\u2019est pas vu par les spectateurs du cin\u00e9ma de divertissement). La<i>Toile<\/i>\u00a0abolit la distinction des contenus. C\u2019est le mat\u00e9riau m\u00eame qui est interrog\u00e9\u00a0: sa fonction qu\u2019il faut entendre comme film d\u00e9j\u00e0 impressionn\u00e9 qui qualifie par cons\u00e9quent la lumi\u00e8re selon des intensit\u00e9s, couleurs particuli\u00e8res \u00e0 chaque projet.<br \/>\nAvec cette\u00a0<i>Toile<\/i>, l\u2019appropriation est diff\u00e9rente de celle qu\u2019effectue les cin\u00e9astes et artistes quant ils travaillent avec des found footages(6) , car hormis les lettristes et plus particuli\u00e8rement Maurice Lema\u00eetre, les contenus sont importants pour ces auteurs. Les rebuts sont utilis\u00e9s en fonction de ce qu\u2019ils peuvent signifier ou ce qu\u2019ils rev\u00eatent comme int\u00e9r\u00eat quant aux textures, couleurs, e un mot quant \u00e0 leurs qualit\u00e9s plastiques. Dans le cas d\u2019Edson Barrus, tout cela est secondaire, par contre ce qui importe, c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit de bande-annonce de films de divertissement ou de publicit\u00e9s, autrement dit des rubans, qui sont les agents du spectacle cin\u00e9matographique. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une mise en sc\u00e8ne particuli\u00e8re puisqu\u2019elle investit un lieu, une \u00e9glise, en substituant un opium \u00e0 un autre. \u00c0 un dieu, en est substitu\u00e9 un autre. Le glissement est int\u00e9ressant dans la mesure o\u00f9 il s\u2019effectue par une red\u00e9finition de l\u2019espace. Ici on ne s\u2019\u00e9l\u00e8ve plus, la\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0fait \u00e9cran.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-641\" src=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile3-300x225.jpg\" alt=\"toile3\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile3-300x225.jpg 300w, https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile3-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile3-624x468.jpg 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p>La pellicule n\u2019est plus projet\u00e9e, elle est tress\u00e9e selon des techniques classiques (archa\u00efques), les rubans s\u2019entrecroisent perpendiculairement. L\u2019un passe au-dessus ou au-dessous-dessous de l\u2019autre en alternance, cr\u00e9ant des motifs et de l\u00e9g\u00e8res torsades. Elle devient filtre, surface impressionnable, bien que d\u00e9j\u00e0 impressionn\u00e9e qui inscrivent et donnent images (contours) aux vitraux transparents de l\u2019\u00e9glise des Trinitaires, en reportant les faisceaux maintenant color\u00e9s sur les parois ou le sol de l\u2019\u00e9glise.<\/p>\n<p>Le film est tiss\u00e9 manuellement et non pas m\u00e9caniquement, en cela il s\u2019oppose \u00e0 l\u2019appareil de cin\u00e9ma, l\u2019extrapolant de son appartenance dans le monde de la machine. Il s\u2019agit de se r\u00e9approprier un m\u00e9dium devenu avant tout industriel, tout autant que le fait de sp\u00e9cialiste. R\u00e9introduire une dimension tactile avec ce support trop souvent f\u00e9tichis\u00e9 ou r\u00e9ifi\u00e9. Cette r\u00e9appropriation du support entra\u00eene de profond changement de perspectives. Le film n\u2019est plus cet objet projet\u00e9, mais la projection d\u2019un plan dans l\u2019espace c\u2019est en ce sens qu\u2019Edson Barrus partage au travers de la Toile quelques-unes des qualit\u00e9s sculpturales du film\u00a0<i>Line Describing a Cone<\/i>\u00a0d\u2019Anthony McCall(7) , a ceci pr\u00e8s que son travail bien que renvoyant \u00e0 une spatialisation ne la renouvelle pas \u00e0 chaque pr\u00e9sentation. De plus la\u00a0<i>Toile<\/i>, ne propose pas une d\u00e9multiplication de l\u2019espace dans le volume comme le fait\u00a0<i>Line Describing a Cone<\/i>. Elle investit l\u2019espace architectonique sans lequel elle n\u2019aurait vu le jour, elle ne constitue pas l\u2019espace, elle s\u2019inscrit dans un espace donn\u00e9. Cependant comme cette\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0est faite de ruban, elle se modifie dans la dur\u00e9e de son exposition. Les parties les plus expos\u00e9es au soleil p\u00e2lissent et se transforment l\u2019exp\u00e9rience de la perception dans la dur\u00e9e.<br \/>\nCette dimension souligne parfaitement le caract\u00e8re fragile de toutes inscriptions (impressions) cin\u00e9matographiques qui s\u2019estompe \u00e0 la lumi\u00e8re. L\u2019ennemi du film est aussi la lumi\u00e8re. L\u2019impression d\u00e9pos\u00e9e sur le ruban n\u2019est qu\u2019un moment du film. Elle manifeste un moment que le virage des couleurs, la diminution des intensit\u00e9s donnent \u00e0 voir. Un film d\u00e9velopp\u00e9 et expos\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re du soleil se fane progressivement pour s\u2019ab\u00eemer dans la transparence. Dans ce sens, la\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0d\u2019Edson Barrus permet \u00e0 la lumi\u00e8re passant \u00e0 travers les vitraux de se moduler pour un temps\u00a0; elle filtre la lumi\u00e8re plus ou moins fortement. Elle joue le r\u00f4le du projecteur sans agrandissement de l\u2019image. Ce n\u2019est pas l\u2019un des seuls paradoxes de ce travail.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile9.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-642\" src=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile9-226x300.jpg\" alt=\"toile9\" width=\"226\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile9-226x300.jpg 226w, https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile9-773x1024.jpg 773w, https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile9-624x826.jpg 624w, https:\/\/yannbeauvais.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/toile9.jpg 1232w\" sizes=\"auto, (max-width: 226px) 100vw, 226px\" \/><\/a><br \/>\nUne autre caract\u00e9ristique de cette\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0est l\u2019importance de sa production. Les dimensions de la\u00a0<i>Toile<\/i>, 20 m par 6m en font un \u00e9cran g\u00e9ant qui a n\u00e9cessit\u00e9 plus de cinq kilom\u00e8tres de films. Est tiss\u00e9 l\u2019\u00e9quivalent de trois long-m\u00e9trages, dont on peut reconna\u00eetre parfois une image lorsque le tissage la laisse appara\u00eetre plus nettement. Les rubans composant la\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0sont assortis au hasard de leur pr\u00e9l\u00e8vement lors de la production de la pi\u00e8ce. Des associations s\u2019effectuent en fonction des rapports de couleurs, des mouvements d\u2019appareils, mais celles-ci tendent \u00e0 s\u2019\u00e9clipser une fois la<i>Toile<\/i>\u00a0mise dans l\u2019espace. Les photogrammes s\u2019estompent au profit du flot. Le damier, produit par l\u2019entrecroisement des bandes, domine et fait \u00e9cho au r\u00e9seau. En effet, le photogramme, n\u2019a plus de finalit\u00e9 en tant qu\u2019unit\u00e9, mais, se donne alors en tant que partie d\u2019un flux presque intermittent puisqu\u2019une fois visible, une autre, occult\u00e9 par la bande passante. La taille de cette\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0fait de ce tissu un produit industriel. Fait d\u2019un support industriel il est d\u00e9tourn\u00e9 une premi\u00e8re fois de son lieu afin de constituer un paradigme cin\u00e9matographique. En effet dans l\u2019industrie, la seule chose que ne voit pas le spectateur c\u2019est le ruban, La seule chose que propose la\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0c\u2019est le ruban, son tissage, comme d\u2019autres tissent les photogrammes, Edson Barrus tisse le ruban \u00e0 d\u2019autres fins. Le spectacle cin\u00e9matographique avec ses effets plus ou moins sp\u00e9ciaux est ni\u00e9 au profit de sa trame. C\u2019est le tissage, cette forme d\u2019extension et de marquage dans l\u2019espace qui domine, c\u2019est le mouvement des bandes qui vont d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de la nef \u00e0 l\u2019autre qui occupe l\u2019espace dans un volume qui s\u2019oppose \u00e0 l\u2019id\u00e9e m\u00eame de l\u2019\u00e9cran du cin\u00e9ma puisque cette Toile vole litt\u00e9ralement. Elle se gonfle et produit un plan incurv\u00e9 en opposition avec celui de la vo\u00fbte de l\u2019\u00e9glise.<\/p>\n<p>Ces rubans de films qui sont v\u00e9ritablement l\u2019une des marques de l\u2019industrie du cin\u00e9ma, bande-annonce, publicit\u00e9 sont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es et se projettent dans l\u2019espace et non plus \u00e0 l\u2019\u00e9cran, c\u2019est parce qu\u2019ils font volume qu\u2019ils quittent le champ du cin\u00e9ma pour devenir ce que le cin\u00e9ma est parfois, une sculpture temporelle. La r\u00e9cup\u00e9ration de ces objets valoris\u00e9s par l\u2019industrie\u00a0; ces bandes sont le support \u00e9conomique du spectacle cin\u00e9matographique, s\u2019apparentent \u00e0 une d\u00e9nonciation du mirage cin\u00e9matographique, et des exc\u00e8s de la distribution de ce produit\u00a0: le film. Cette machine \u00e0 produire de l\u2019illusion optique n\u2019est plus qu\u2019un mat\u00e9riau brut, \u00e0 partir duquel un proc\u00e9d\u00e9 est d\u00e9ploy\u00e9 dans l\u2019espace. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une esth\u00e9tisation du d\u00e9chet, de la r\u00e9cup\u00e9ration comme cela se pratique fr\u00e9quemment dans l\u2019art contemporain. L\u2019appropriation de ces images dont on ne tient pas compte montre combien la domination de l\u2019image aujourd\u2019hui n\u2019a aucune cons\u00e9quence. Elles sont \u00e9changeables. Le spectacle cin\u00e9matographique se repa\u00eet de ces variations sans int\u00e9r\u00eat, il en fait commerce. La\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0propose une autre approche, de ces rubans, ils ne sont plus que les fant\u00f4mes d\u2019un spectacle qui a pu avoir lieu, mais qui ne d\u00e9pend plus d\u2019elles. La Toile tisse ainsi l\u2019envers du d\u00e9cor, l\u2019\u00e9poque du cin\u00e9ma est r\u00e9volue. L\u2019ignorance du contenu des bandes signe un aveuglement vis-\u00e0-vis du type de cin\u00e9ma qui est us\u00e9 (8) au profit de la r\u00e9partition, de la division des bandes et leurs caract\u00e9ristiques physiques (bande-son st\u00e9r\u00e9o, format, perforations, types&#8230;)<\/p>\n<p>Il n\u2019y a plus de point de vue privil\u00e9gie dans ce tissage, c\u2019est l\u2019\u00e9tendue, cette paroi souple tendue dans l\u2019espace qui est le projet, et plus exactement sa production. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 le geste de la\u00a0<i>Toile<\/i>\u00a0renvoi au cin\u00e9ma structurel recourant au flicker (9) et qui n\u00e9cessite de geler le d\u00e9filement afin de saisir les processus mis en place, qui sont parties int\u00e9grantes de l\u2019exp\u00e9rience m\u00eame du film. D\u2019une certaine mani\u00e8re, avec la\u00a0<i>Toile<\/i>, on est en pr\u00e9sence d\u2019une exp\u00e9rience qui fait appel \u00e0 des processus similaires dans la mesure ou la d\u00e9couverte de celle-ci, dans l\u2019\u00e9glise, d\u00e9clenche des questions quant aux processus de fabrication, de r\u00e9ception, et m\u00eame de restitution ainsi que des rapports que la Toile entretient avec le cin\u00e9ma et les arts plastiques, autant qu\u2019avec l\u2019artisanat et l\u2019industrie.<br \/>\nCe qui est enjeu c\u2019est la circulation et la distribution des rubans. Ce sont les liaisons qui s\u2019\u00e9tablissent entre des morceaux de bandes et d\u2019autres selon le parcours du visiteur. Le photogramme est \u00e9vinc\u00e9 au profit du passage des rayons de lumi\u00e8re sur le tissu pelliculaire le transformant en n\u00e9gatif d\u2019une voix lact\u00e9e.<\/p>\n<p>(1) Ev\u00e8nement organis\u00e9 par Faux-Mouvement, du 23 juin au 29 octobre 2005 , dans le cadre de l\u2019ann\u00e9e du Br\u00e9sil en France et dans lequel Edson Barrus participait de trois lmani\u00e8res\u00a0: avec une installation in situ\u00a0: La\u00a0<i>Toile<\/i>, une exposition qu\u2019il a con\u00e7ut\u00a0<i>Made in Brazil<\/i>\u00a0dans lequel il pr\u00e9sente\u00a0<i>Boca livre<\/i>\u00a0\u00e0 la Galerie Faux-mouvement ainsi que<i>MalandraGens<\/i>\u00a0: un \u00e9v\u00e9nement qui ouvraient les dix premiers jours de cette manifestation.<br \/>\n(2)Voir Stan Brakhage\u00a0:\u00a0<i>Metaphors on Vision<\/i>\u00a0publi\u00e9 par P.Adam Sitney, Film Culture n\u00b030, N.Y. 1963, traduction fran\u00e7aise sous la direction de Jean Michel Bouhours, Centre Georges Pompidou 1998<br \/>\n(3) \u00ab\u00a0Une Conf\u00e9rence\u00a0\u00bb, 1968 de Hollis Frampton publi\u00e9 dans\u00a0<i>The Avant garde Film\u00a0: A Reader of Theory and Criticism<\/i>, Ed P. Adam Sitney, NY, New York University Press, 1978, puis dans Circles of Confusion, traduction fran\u00e7aise\u00a0<i>L\u2019\u00e9cliptique du savoir<\/i>\u00a0sous la direction d\u2019Annette Michelson et Jean Michel Bouhours, Ed centre Georges Pompidou, paris 1999<br \/>\n(4)On se souvient d\u2019un texte manifeste de Lazlo Moholy-Nagy\u00a0: \u00ab\u00a0La lumi\u00e8re nouveau moyen d\u2019expression de l\u2019art plastique\u00a0\u00bb, publi\u00e9 dans Broom NY 1923, ainsi que\u00a0<i>Malerei, Photographie, Film,<\/i>\u00a0Bauhausb\u00fbcher 4, 25 et 27.<br \/>\n(5)Ce terme est avant tout celui par lequel Paul Sharits d\u00e9signe ses tableaux de pellicules qui nous permettent de voir l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 d\u2019un film, et donc sa structure, d\u2019un coup. Ces tableaux de pellicule sont souvent comme les partitions du film ou des dessins modulaires. Cf Paul Sharits\u00a0<i>Exhibition\/ Frames, Regarding the Frozen Film Frame Series\u00a0: A Statement for the 5th International Experimental Film Festival Knokke, December 1974<\/i>, in Film Culture n\u00b065-66 NY 1978<br \/>\n(6)le found footage a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es parmi les ouvrages qui lui sont consacr\u00e9s\u00a0: Jay Leyda,\u00a0<i>Films beget film, A study of compilation film<\/i>, Londres, Georges Allen &amp; Unwin Ltd, 1964\u00a0; \u201c Found Footage Filme aus gefundenem Material \u201d, Blimp n\u00b0\u00a016, Vienne, 1991\u00a0; William Wees,\u00a0<i>Recycle Images<\/i>, New York, Anthology Film Archives, 1993\u00a0; Eugeni Bonnet (directeur d\u2019ouvrage),\u00a0<i>Desmontage\u00a0: Film, video\/apropiacon, reciclaje,<\/i>\u00a0Valence, Ivam 1993\u00a0; yann beauvais, \u201c Plus dure sera la chute \u201d (1995), reprint in yann beauvais,\u00a0<i>Poussi\u00e8re d\u2019images<\/i>, Paris, Paris exp\u00e9rimental, 1998.<br \/>\n(7)On se souvient que ce film de 1973 propose le d\u00e9placement d\u2019un point de lumi\u00e8re parcourant un cercle entier. La projection de ce parcourt occasionne la production d\u2019un c\u00f4ne de lumi\u00e8re. Sur Anthony McCall voir\u00a0<i>Anthony McCall Film Installations<\/i>\u00a0Mead Gallery Warwick Art Center, Coventry, 2004.<br \/>\n(8)Parmi les bandes utilis\u00e9es citons\u00a0: La femme cor\u00e9enne, Neverland, Dans les champs de bataille, Sideways, La voix des morts, Bob l\u2019\u00e9ponge&#8230;<br \/>\n(9) Un flicker est un clignotement qui est produit par l\u2019alternance plus ou moins r\u00e9guli\u00e8re de combinaison de photogramme de couleurs distinctes ou oppos\u00e9es.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e9crit dans le cadre d\u2019un \u00e9t\u00e9 br\u00e9silien \u00e0 Metz 2005 [FR] \u00ab\u00a0La Toile se construit dans l\u2019adversit\u00e9.\u00a0\u00bb L\u2019installation cr\u00e9\u00e9e par Edson Barrus dans l\u2019\u00e9glise des Trinitaires \u00e0 Metz, dans le cadre de un Et\u00e9 br\u00e9silien (1), est singuli\u00e8re \u00e0 plus d\u2019un \u00e9gard. Son titre\u00a0:\u00a0Toile\u00a0indique un \u00e9tat et plus pr\u00e9cis\u00e9ment un plan dans l\u2019espace. 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