{"id":67,"date":"2014-03-02T16:11:11","date_gmt":"2014-03-02T15:11:11","guid":{"rendered":"https:\/\/yannbeauvais.com\/?p=67"},"modified":"2015-01-29T21:50:54","modified_gmt":"2015-01-29T20:50:54","slug":"cinema-pour-penser","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yannbeauvais.com\/?p=67","title":{"rendered":"Cin\u00e9ma pour penser (Fr)"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>13\u00b0 Festival Internacional de curtas de Belo Horizonte Outubro 2011<\/p>\n<p>em Portugu\u00eas no catalogo do 13\u00b0 Festival Internacional de Curtas de Belo Horizonte \u00a02011<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>Les films qui composent ces programmes permettent de traverser diff\u00e9rentes \u00e9poques du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental et nous font r\u00e9fl\u00e9chir sur les potentialit\u00e9s que d\u00e9ploie le cin\u00e9ma \u00e0 travers ses usages. L\u2019ensemble des films ne refl\u00e8te pas tant une actualit\u00e9 que quelques moments privil\u00e9gi\u00e9s dans cette pratique. Chaque programme propose ainsi une d\u00e9rive particuli\u00e8re. Plong\u00e9 dans l\u2019espace autobiographique et personnel qu\u2019il s\u2019agit de produire des r\u00e9cits ou tenir un journal d\u2019observations des comportements du quotidien selon une diversit\u00e9 d\u2019approches qui est le signe de l\u2019extraordinaire richesse que l\u2019on trouve dans l\u2019histoire et dans les usages contemporains du film. Analyser les fonctionnements du dispositif et d\u00e9voiler les enjeux de pouvoirs des m\u00e9dias li\u00e9s \u00e0 la production de certains types de repr\u00e9sentation. Plong\u00e9e dans la mati\u00e8re cin\u00e9matographique en fa\u00e7onnant de nouvelles modalit\u00e9s et territoires du voir.<\/p>\n<p>Si le journal film\u00e9 a tenu un grand r\u00f4le dans la constitution d\u2019un cin\u00e9ma personnel en l\u2019\u00e9levant \u00e0 la forme d\u2019un art, il a rendu possible d\u2019aborder la production autobiographique selon des trames narratives ouvertes et pour lesquels le principe de la continuit\u00e9 lin\u00e9aire est remis en question.Jonas Mekas a bien s\u00fbr ouvert la voie en tissant les temporalit\u00e9s, bien que pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par Marie Menken, Stan Brakhage qui avaient fait du carnet de notes et de l\u2019esquisse des chemins dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019une (auto)biographie virtuelle. De m\u00eame, Hollis Frampton \u00e0 travers des f(r)ictions, proches de celles, d\u00e9fendues par l\u2019Oulipo , a d\u00e9velopp\u00e9 des r\u00e9cits autobiographiques singuli\u00e8rement cod\u00e9s, qui r\u00e9pondaient \u00e0 des principes de contraintes et, qui n\u2019ont rien \u00e0 envier \u00e0 la programmation informatique. De tels principes d\u00e9finissent les conditions m\u00eames de l\u2019exp\u00e9rience et font de la projection un processus de conscientisation.<\/p>\n<p>Le premier programme s\u2019articule autour du journal intime autant que du projet autobiographique. La dimension queer est ouvertement revendiqu\u00e9e. L\u2019\u00e9laboration d\u2018une identit\u00e9 passe par la reconnaissance et le partage de diff\u00e9rents codes sociaux, politiques, esth\u00e9tiques. Ainsi la dimension camp surgit au d\u00e9tour du recyclage de s\u00e9quences de soap des ann\u00e9es 50-60 chez Su Friedrich, ou d\u2019extraits de com\u00e9dies musicales de la m\u00eame \u00e9poque chez Matthias M\u00fcller. Tout semble opposer les deux films, l\u2019un r\u00e9pond \u00e0 l\u2019\u00e9laboration sophistiqu\u00e9e d\u2019un alphabet invers\u00e9 \u00e0 partir duquel des r\u00e9cits nous content l\u2019histoire familiale complexe d\u2019une jeune fille, alors que l\u2019autre film rend compte du travail du deuil et de la renaissance apr\u00e8s la mort de l\u2019ami. Dans les deux cas, un r\u00e9cit se constitue bien que, Aus der Ferne The Memo Book ne recourt que tr\u00e8s bri\u00e8vement \u00e0 la parole et aux mots \u00e9crits (des pages de journaux ouvrent et ferment le film)\u00a0; il s\u2019agit d\u2019un film dans lequel on ausculte le pass\u00e9 autant que l\u2019exp\u00e9rience qu\u2019on en garde. De son c\u00f4t\u00e9 Sink or Swim ne saurait s\u2019envisager sans mot, sans texte\u00a0; \u00e0 cet \u00e9gard l\u2019\u00e9criture de la lettre au p\u00e8re sur un lied de Schubert est centrale en ce sens qu\u2019elle condense plusieurs sources mn\u00e9siques. L\u2019exp\u00e9rience de chaque cin\u00e9aste se manifeste dans la forme qu\u2019il\/elle privil\u00e9gie, le film en est la manifestation r\u00e9flexive.<br \/>\nLa restitution d\u2019une histoire, d\u2019un sujet se fait au travers de la manifestation d\u2019une identit\u00e9, fragilis\u00e9e par diff\u00e9rents \u00e9v\u00e9nements dont le film rend compte plus ou moins explicitement. Aus der Ferne illustre cette fragilit\u00e9 en recourant \u00e0 des images super 8 ray\u00e9es, froiss\u00e9es, litt\u00e9ralement maltrait\u00e9es desquelles, \u00e9mergent parfois, en surface, des corps alors que Sink or Swim d\u00e9ploie un raffinement de nuances et de sensualit\u00e9 en se limitant au seul noir et blanc.<\/p>\n<p>Le second programme travaille deux aspects de la production de la r\u00e9alit\u00e9 au cin\u00e9ma. Dans l\u2019un la capture de la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9pond \u00e0 une patiente s\u00e9lection d\u2019un sujet, d\u2019un \u00e9v\u00e8nement et de son enregistrement, qu\u2019elle proc\u00e8de d\u2019une seule prise comme c\u2019est le cas avec La vache qui rumine de Georges Rey ou d\u2019une accumulation de courtes s\u00e9quences avec Formigas Urbanas d\u2019Edson Barrus qui s\u2019apparente \u00e0 une collection. Dans ces deux films, l\u2019observation constitue l\u2019exp\u00e9rience du tournage et de son visionnement. La dimension ludique n\u2019est pas absente du film de Georges Rey ou dans la danse de singui des coquelicots dans le film de Rose Lowder. L\u2019observation minutieuse des comportements des fleurs, d\u2019une vache, d\u2019\u00eatre humains portant leurs fardeaux, conf\u00e8re aux films leurs formes. Alors que l\u2019autre versant du programme va souligner la production d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 au moyen du cin\u00e9ma. L\u2019analyse du dispositif et de ses constituants, d\u00e9clenche chaque proposition. Le clignotement, la boucle et la r\u00e9p\u00e9tition au c\u0153ur de T.O.U.C.H.I.N.G ou Spacy, alors que la reprise en surimpression l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9r\u00e9e des s\u00e9quences va faire de Water Pulu une m\u00e9diation cosmique. Les trois films r\u00e9pondent \u00e0 des contraintes particuli\u00e8res\u00a0; un mandala pour le film de Paul Sharits qui travaille sur le clignotement et la r\u00e9p\u00e9tition d\u2019un mot, une suite de mouvements rectilignes, circulaires et paraboliques, avec Takashi Ito\u00a0; alors que la structure du film de Ladislav Galeta exc\u00e8de la partie de water-polo. Chicago de Jurgen Reble propose et dispose de ces deux aspects en nous plongeant dans la poussi\u00e8re de l\u2019image d\u2019un d\u00e9placement dans le m\u00e9tro a\u00e9rien de Chicago. La poussi\u00e8re de films g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par les attaques chimiques du ruban g\u00e9n\u00e8re le son de Thomas K\u00f6ner.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me programme s\u2019int\u00e9resse aux relations avec le langage, l\u2019histoire et la politique. Trois films travaillent \u00e0 partir de found footage et interrogent la repr\u00e9sentation de l\u2019histoire autant des pouvoirs, domestiques, militaires, machistes&#8230; Avec Secondary Currents Peter Rose interroge les relations entre le langage et l\u2018esprit et nous plonge dans un monde de non-sens, dans lequel le r\u00e9seau de relation entre commentaire et sous titre remet en cause le diktat de l\u2019un vis-\u00e0-vis de l\u2019autre. Le film envisage de mani\u00e8re critique et ludique les pouvoirs du mot et leurs modes de productions signifiantes. La critique des images et la production de sens sont interrog\u00e9es en soulignant l\u2019importance du rapport \u00e0 l\u2019histoire qui nous fa\u00e7onne et son incidence sur nos comportements, ainsi Abigail Child, dans Covert Action, d\u00e9construit une s\u00e9rie de films de vacances en d\u00e9voilant \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9rotisme par-del\u00e0 le social\u00a0\u00bb aux moyens de permutations et de variations de boucles visuelles et sonores. Une strat\u00e9gie similaire est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans Displaced Person de Daniel Eisenberg, qui \u00e0 partir de courtes boucles d\u2019un film de Marcel Ophuls travaille l\u2019incompr\u00e9hensible horreur de la r\u00e9alit\u00e9 hitl\u00e9rienne en l\u2019articulant \u00e0 deux r\u00e9gimes sonores distincts, un quatuor de Beethoven et une conf\u00e9rence de L\u00e9vi-Strauss . Valie EXPORT dans &#8230; Remote &#8230; Remote, de son c\u00f4t\u00e9 met en rapport une performance en manifestant la violence subie \u00e0 celle, int\u00e9rioris\u00e9e dont on ne voit pas toujours les manifestations externes. Operation Double Trouble se saisit d\u2019un film de propagande de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine, pr\u00f4nant les bienfaits du n\u00e9ocolonialisme par ses interventions dites humanitaires. Keith Sanborn d\u00e9construit ce discours en faisant b\u00e9gayer l\u2019histoire, r\u00e9p\u00e9tant, chaque plan du film, deux fois. Chieh-Jen Chen dans Lingchi &#8211; Echoes of a Historical Photograph, re-visite l\u2019histoire de la repr\u00e9sentation du chinois comme barbare et de ses usages par les occidentaux \u00e0 partir de photographies faites aux d\u00e9buts du XXe si\u00e8cle. La d\u00e9construction du regard de l\u2019occidental s\u2019effectue au moyen du sourire du supplici\u00e9, qui interroge les projections que l\u2019occident impose aux autres. La d\u00e9construction de la production du sens au cin\u00e9ma se r\u00e9v\u00e8le un outil important dans le fa\u00e7onnage des nouveaux m\u00e9dias \u00e0 travers l\u2019outil de la programmation .<\/p>\n<p>Le cin\u00e9ma auscult\u00e9 c\u2019est ainsi que ce quatri\u00e8me programme s\u2019appr\u00e9hende qui recycle des images de toutes provenances, de toutes \u00e9poques et genres, et ce, quelque soit le support. Du 9,5mm avec sa perforation centrale, anc\u00eatre du 16mm, dans L\u2019operatore perforato joyeusement malmen\u00e9 par Paolo Gioli, en passant par des r\u00e9ductions super 8 de pornos gays, perfor\u00e9 par Luther Price dans Sodom, ou de porno h\u00e9t\u00e9ro ab\u00eem\u00e9, aux couleurs en d\u00e9compos\u00e9es dans The Color of Love de Peggy Ahwesh, jusqu\u2019au 35mm scope d\u00e9color\u00e9 par l\u2019habile sorcier Peter Tscherkassky dans Instructions for A Light and Sound Machine. De nombreux usages du cin\u00e9ma sont examin\u00e9s, de la publicit\u00e9 en passant par des grands spectacles hollywoodiens (Hoolboom) ou un western italien (Tscherkassky), des films d\u2019amateurs (Gioli), des incunables (Legrice, Hoolboom), des films pornographiques (Ahwesh, Price). Le recyclage et le bouclage sont alors des principes moteurs de la production que les transformations progressives dans Berlin Horse de Malcolm LeGrice les violentes alt\u00e9rations graphiques ou les montages abruptes subvertissent autant qu\u2019elles manifestent des esth\u00e9tiques et proposent des r\u00e9flexions sur le cin\u00e9ma, que le film de Mike Hoolboom\u00a0: Imitations of Life exemplifie. Il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9flexion sur le cin\u00e9ma au moyen des films de quelque nature que ce soient qui nous ont fa\u00e7onn\u00e9s et qui nous ont fait croire \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019autres mondes&#8230; mais dans ce monde que le cin\u00e9ma de science fiction nous a promis le cin\u00e9ma aura-t-il encore sa place\u00a0?<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>13\u00b0 Festival Internacional de curtas de Belo Horizonte Outubro 2011 em Portugu\u00eas no catalogo do 13\u00b0 Festival Internacional de Curtas de Belo Horizonte \u00a02011 Les films qui composent ces programmes permettent de traverser diff\u00e9rentes \u00e9poques du cin\u00e9ma exp\u00e9rimental et nous font r\u00e9fl\u00e9chir sur les potentialit\u00e9s que d\u00e9ploie le cin\u00e9ma \u00e0 travers ses usages. 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