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Hélio (Fr)

Nós Contemporâneos n° 50 barrus MÀIMPRESSÃO editora, Paris 2007

Ce texte est extrait d’une conférence que j’ai donnée à Rio de Janeiro, lors de Ultima Semana do Rés do Chão, en décembre 2005.

http://www.youtube.com/watch?v=3-5eQk_PspI

L’un des traits distinctifs de la production cinématographique selon Hélio Oiticica fait voler en éclats la notion de cinéma (quand bien même il a tourné plusieurs films super 8, (Brasil-Jorge 1971, Agripina é Roma-Manhattan 1972) qui sont plus ou moins achevé. Pour Bruce Jenkins, Hélio désactive le cinéma pour renouer avec une sorte de pré cinéma [1]). Il propose une nouvelle forme de cinéma élargi : le quase-cinema. Ses propositions cinématographiques agencent des modes du cinématographique qui est entendu comme dispositif, un équipement qui outrepasse le seul ruban, c’est-à-dire : la salle. Dans ces installations de quasi-cinéma tel Neyrotika (1973 : slide show) et l’ensemble des Cosmococas, et Helena inventa Angela Maria (1975), il créé un environnement où des évènements audio-visuels se déroulent selon une mise en scène dans laquelle les interventions et la participation des spectateurs ne sont pas conditionnées par une narration stabilisée ; car elle est plus éclatée donc fragmentaire, mais par une ambiance audio-visuelle composée de chansons pop, et de projections dans laquelle l’expérience corporelle, la sensation physique de l’espace sont prépondérantes. On retrouve ici une influence décisive dans la compréhension d’un événement cinématographique qui transcendent le support même, au profit de la mise en scène, d’une spatialisation d’un évènement proche de la performance, en la personne de Jack Smith. [2] Les projections sont réalisées au moyen de diapositives, la temporalité, et la mécanique de ces projections multiples est constitutive du dispositif. En ce sens Hélio Oiticica partage avec de nombreux cinéastes expérimentaux et les artistes de l’époque, cette nécessité d’incorporer les outils qui façonnent l’expérience. Mais il partage avec d’autres la valorisation d’un art d’ambiance, un art de l’immersion. Préfiguration et revitalisation d’un art total qui se manifeste différemment selon les époques. Il faudra alors un jour se poser la question des rapports entre les propositions de projection lumineuse telles que les appréhendent au Brésil : Abraham Palatnik et en France : Nicolas Schöffer quant à l’immersion lumineuse et les projections d’Oticica qui travaillent dans un registre audio visuel.

« Diapositives : diapositives non-audiovisuelles parce que, lorsqu’on les programme, on élargit les limites de la succession des images projetées…, enrichies parce qu’elles deviennent relatives à l’intérieur d’une sorte d’environnement ridicule : à mon avis, Jack Smith en a été le précurseur : il a su tirer de son cinéma non pas une vision naturaliste cherchant à imiter l’apparence mais une sorte de narration fragmentaire… un miroir brisé, les diapositives déplacent l’environnement par une durée non spécifique et par le replacement continu du projecteur qui cadre et recadre les images sur murs-plafonds-sols, juxtaposition de la bande-son (disques) faite au hasard…ces blocks dont les cinq premiers ont été programmés par Neville et moi, replacent à mon avis les problèmes de l’image déjà épuisé par Tropicalia (quil réalise en 1967), (etc) dans une perspective de spectacle (spectacle performance) que l’expérience de Neville rend très intéressantes à mes yeux.. [3] »

On sait combien Hélio Oticica a été durablement impressionné par les performances et les films de Jack Smith ; en 1971 il écrit « J’ai vu un autre film de lui (Curse of Cretinism) et j’ai pensé : youpee, ce mec est égal à moi, non pas que je souhaite faire des trucs identiques, ou qui paraissent similaires, mais c’est que l’absurdité du langage allié au désintérêt pour le banal m’intrigue énormément, et l’esprit général des trucs me rend familier avec tout. [4] Il y a un paradoxe dans cet énoncé vis-à-vis du banal dans la mesure ou Jack Smith autant qu’Hélio Oiticica ont, tous deux travaillé sur des manifestations et mise en lumière du banal, chacun à leur manière, et qui peut se lire, par exemple, dans la liberté que s’octroient les deux artistes vis-à-vis de la production de la piste sonore de leur pièce. Je me souviens de Jack Smith jouant des disques, selon l’inspiration du moment sur un tourne disques lors des projections qu’il fit à Paris de Flaming Creatures (1963) et No Président (1968) [5]. L’expérience cinématographique se déplace alors dans le champ de la performance. Dans le cas de Smith, l’expérience est en suspens, quasiment virtuelle si l’on s’attend à un événement hors du commun. On est plongé dans une dilatation temporelle ; un espace-temps indéfini ; en effet on pouvait attendre plus d’une heure avant que Smith n’apparaisse sur « scène », si tant est que l’on puisse parler de scène, sans savoir exactement à quels moments la performance avait commencé. Les performances pouvaient présenter les manifestations d’un spectacle en devenir, qui sont marquées par la projection d’une diapositive, l’audition d’une musique, le réajustement d’un colifichet…
Cette faculté d’improvisation de Jack Smith se retrouve fortement dans le film d’Hélio :Agripina é Roma-Manhattan [6]
. Ce n’est pas un hasard si Hélio fait appel à Mario Montez qui est l’un des acteurs fétiches travestis de Jack Smith et auquel à fait appel Andy Warhol à plusieurs reprises. Dans ce film, la part d’improvisation est proche de celles qu’on voit à l’œuvre de Smith comme cinéaste ou acteur. Pour mémoire rappelons aussi que Mario Montez est l’un/e des protagonistes phares de Flaming Creatures. Cette dilatation, ou compression du temps inscrivent dans la performance l’expérience de la drogue, autant qu’elle manifeste une esthétique « camp » dont la particularité chez Smith est de s’en tenir aux préparatifs. Les deux artistes partagent ces préoccupations par-delà les différences des œuvres.

Ce travail d’Hélio est singulier à plus d’un égard dans la mesure où il met à la fois en crise le cinéma et les arts plastiques selon des formes participatives qui renouent en les renouvelant les expériences d’art total préconisé par Andy Warhol avec Exploding Plastic Inevitable de même avec les Cosmococas se peut se retrouvait un sentiment similaire à celui que devait ressentir les spectateurs du Movidrome de Stan Vanderbeck. Une plongée dans l’image et le son dont le spectateur n’avait aucune connaissance de la durée de l’expérience dans laquelle il s’est plongée. Cette expérience de la durée, Hélio l’a l’éprouvé lors de la vision de Chelsea Girls à Londres en 69 [7]

Deux autres points me semblent important à souligner. L’un relève de cette parenté qu’on peut discerner chez Hélio Oiticica et Andy Warhol vis à vis du monde des célébrités, qu’il s’agisse de cinéma ou de rock. On retrouve dans la productuion plastique de l’un et de l’autre les portraits de Marylyn Monroe, ainsi que des portraits de chanteurs pop ; Jimmy Hendrix, Mick Jagger… La fascination pour les stars rock est réaffirmé dans la production d’images mises en scènes ou à travers la production d’environnement (Plastic Inevitable, Cosmococa…)

L’autre point concerne l’homosexualité d’Hélio Oiticica et sa mise en scène dans quelques travaux. On ne peut s’empêcher d’y penser à la projection d’Agripina, ou deNeyrotika. Ce sont les corps plus que la trame narrative qui compte, c’est la performance de Mario Montez en drag qui importe plus que tout [8]. En ce sens on peut comprendre que la question du parangolé met aussi en scène le genre. Se vêtir du parangolé permet de déjouer le genre. De même, les corps de ces jeunes hommes dansNeyrotica exposent et exhibent une sexualité sont le sujet du travail. Ils inscrivent l’importance du rôle dans la constitution d’un personnage, et manifestent clairement des situations de désir. Il ne s’agit pas pour autant d’un travail militant, loin de là, cependant l’affirmation du désir pour ces corps est clairement prononcée par le nombre de clichés et par le type de cliché, l’enchaînement des photos créant une « quasi animation » pour reprendre les termes d’Ivana Benes [9] et donc une fois de plus se tient au seuil du cinéma.
Comme d’autres homos de sa génération et des précédentes, Hélio partage l’usage de la projection filmée pour montrer publiquement des images plus ou moins proscrites par les médias dominants. D’une certaine manière, en cela proche de nombreux cinéastes gais qui ont travaillé avec des photos et des films plus ou moins pornographiques ; Hélio ouvre des maisons closes lorsqu’ils montrent ses photos, et certains quase cinema de la série des cosmococas. Il rend publique ce que l’on veut cacher, il crée des collections de garçons (clichés de beaux adolescents et hommes, comme le fait Warhol avec le dessin et les polaroids). Il affirme ainsi une sexualité qui était disqualifiée dans le milieux de l’art officiel. En ouvrant ainsi l’espace de la galerie via le cinéma, ou quase cinéma, à des représentations qui profèrent le désir homosexuel autant que l’usage des drogues dures il affirme de nouveau l’importance de l’usage des corps.
Corps du désir et corps du plaisir, pour lequel le parangolé est un agent.

« Gostei muito do Empire State Building do Andy Warhol, e vi um outro dele chamado ondine’s loft na cas de um dos atores, que é amigo do gerchman e que aparece nu no filme. » HO p 163 cartas

estou terminando um curso de cinema na NYU, que me dara direioto a fazer outris em que poso usar equipamento, etc, por o quanto so tenho usado super 8, que comprei, tenho tamben uma montadeira e quero que essa prima expêriencia (um filme brasil jorge) seja ja algo palpavel.
Os primeiros rolos ficaram lindissimos : super 8 é bacana pois pega coisas em detalhe, ao alcane da mao-visao p 199

Ha um cineasta que quer me fazer de ator – filmes mudos underground : é jack smith, mito do underground americano, estive la uma vez e ele depois ficou me procurando, até que …
Fui a uma projeçào de slides com trihla sonora, uma esécie de quase-cinema, que foi incrivel ; wharol aprende muito com ele, quando començou, e tomou certas coisas que levou a um nivel, é claro ; Jack Smith é uma espécie de Artaud do cinema, seria o modo maos objetivo de defini-lo. 204
…/… sentei-me numa mesa de antiques para ser entrevistado por ele e foi incrivel ; depois mil coisas acconteciam simultanemente ; ja nisso, nào existe tal distancia de espectador e performance, como misa, nem nada ; a coisa simplesmente vai se desdobrando, como num ritual nào ritumistico. 205


[1] Bruce Jenkins in Critical Voices series pour l’exposition d’Hélio Oiticica Quasi-Cinema transcription, New Museum of contemporary art New York, 10/03/2002

[2] C’est nous qui traduisons « jack est un génie et je l’aime, (..) j’ai appris avec lui en peu de jours tout ce que j’ai toujours désiré comme fut le déchifrement viscéral du monde américain, les rebuts de consommation, etc : sujet film : la production d’un monde d’images richissimes : en même temps l’isolement et la mythification qui font de lui, c’est aliénante et absurde : on le prends pour une génie fou artaudien, à qui tout est permis et interdit simultanément, et les gens paraissent se contenter avec ce rôle passif qui performe ce jugement compulsif absurde : une folie ! Le jour de cette projection de diapositives avec bande son, c’était cette ambiance : ça s’appelait “Travelogue of Atlantis” (…) en somme tout a commencé à 10h30, et trois heures plus tard, les trois premières diapositives, il s’arrête pour demie heure : il a changé l’écran de place, en sorte que les diapositives projetées subissent une coupe à la projection, puis il a changé le projecteur de place afin de donner la coupe d’évitement à chaque diapositive, le reste de la diapositive teinter l’ambiance : incroyable, l’attente et l’anxiété qui me dominaient valaient vraiment la peine : ce fut une espece de quase cinema, si le cinéma est tout ce qu’on peut imaginer ; la même simplicité complexe que l’on peut ressentir avec godard, mais plus grand que godard pour moi ; les images, la durée de chaque diapos sur l’écran, etc, c’était génial et importantissime : la bande son musique d’une radio ondes courtes (…) musiques latines de types espagnoles de malaga), choses incroyables, bruits : son téléphone, et voitures dans le trafic, etc ça c’est fini à une heure du matin, j’en sorti transformé. Jack Smith en couleurs : un must : vous voyez que chaque diapositives est une totalité et la séquence intégralle est une transformation au degré le plus fort : un travelogue (un journal de voyage), concept génial ! » lettre à Waly Salomao le 24 avril 71, in Hélio Oticica e a cena americana, curadoria gloria ferreira , rio de janeiro 1997.

[3] in Helio Oticica, Galeria Nationale du jeu de Paume, RNM paris 1992

[4] c’est nous qui traduisons « havia vistou outro filme dêle (curse of cretinism ) e havia pensado : pux, esse cara é igual a min ; nao que eu quisesse fazer algo idêntico, ou mesmo paraceido, mas é que o absurdo da languagem, aliado a um desinteresse pelo banal, me interessam demais e o espirito geral dai coisa me faz muito familiar con tudo » lettre à Edival Ramosa d’avril 1971

[5] Scratch Projection le 29 avril 1985

[6] Le texte du film est : Agripina é Roma-Manhattan
em rum e em petroleo a inundar
herald-o-Nero aceso facho
e borracho
mae-patria ensinando a nadar !

[7] « O filme que mais impressionou em todoas os tempos foi Chelsea Girls do Wharol, procure vê-lo quando passar ai ; é um filme underground (so vi tres horas dele, mas original possui seis), a linguagem se desintegra : é a coisa mais americanana do mundo. Warhol & muito maior em cinema do que na época das proposiçoes pos (caixa de sabào, Marylin 30 vezes , etc). Carta de Hélio Oticica 23.12.1969 à Lygia Clark in cartas 1964-74 ; p 133 organizaçao luciano Figueiredo Editore UFRJ 1998.

[8] Sur Mario Montez, voir yann beauvais : hommage à Mario Montez in Poussières d’image, Paris Expérimental Paris, 1998

[9] Voir le texte H.O and Cinema world in Hélio Oiticica Quasi-Cinema, exposition organisée par Carlos Basualdo, Hatje Cantz publishers, 2001