Da galpao da Dona Ana

2004 / minidv/elctronicfiles/beta / couleur/color/cor / son/sound/som / 23:00

Dans le Nordeste (au Brésil), à Petrolina, alors que Dona Ana parle avec un ami qui reproduit ces oeuvres et documents, je filme de la cour de son atelier. Celui-ci donne sur l’une des routes entrant dans la ville.

Il fait 42°, c’est l’après midi en janvier.

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Dona Ana das Carrancas est une artiste de près de quatre-vingt ans, qui a passé sa vie à fabriquer des carrancas, figures de terre cuite qui originellement étaient en bois arrimées sur la proue des navires afin d’écarter démons et prédateurs. Cependant ces carrancas ne sont pas faits pour les bateaux voguant sur le fleuve Sao Francisco. Dona Ana retrouve sans la connaître ces figures qu’utilisaient les pêcheurs espagnols sur leurs barques et bateaux de pêches. La production de ces carrancas s’est réalisée à côté de la production familiale artisanale d’objets du quotidien. En tant qu’artiste noire, pauvre, elle a été un personnage politique qui s’est préoccupé des questions d’alphabétisation, autant que de la divulgation de la culture populaire, et elle a toujours été préoccupée par les questions de l’éducation étant elle-même analphabète. Elle a crée des espaces de convivialité, des espaces ouverts à toutes formes de pratiques culturelles et artistiques. La mairie de Petrolina a décidé de construire un centre culturel dans lequel elle peut exercer toutes ses activités et y vivre avec toute sa famille. Elle s’y est installée il y a cinq ans. Edson Barrus, qui l’a rencontré alors qu’il était encore enfant, va la voir chaque fois qu’il retourne dans sa ville natale. Dona Ana a été déterminante par rapport à sa compréhension de l’art et de la pratique artistique. Pour tous les deux, en effet l’art n’est pas une profession mais une mission.

C’est ainsi qu’en cette après-midi de janvier, je me retrouvais dans la cour de l’atelier, alors qu’un carranca était fabriqué. Edson Barrus et Dona Ana parlaient avant de commencer le travail de documentation. Je filmais sans plus, puis, sortit sur le pas de la cour, vers la rue. C’est alors que je remarquais cet incroyable alignement de lignes de fuite. Je décidais de filmer ce que je voyais, mais pas du premier plan, c’est-à-dire de la rue, mais de la cour de l’atelier, profitant du cadre que formaient les portes et les colonnes d’accès et ce en dehors du fait que je n’avais pas de pied avec moi.

Je filmais une quarantaine de minutes dont je n’ai gardé que la moitié. Malgré la chaleur, j’étais happé par ce qui se déroulait devant mes yeux, ce n’était pas seulement ce microcosme que la manière dont le cadre façonnait la vision des évènements ou des temps morts. Projetés dans l’espace j’en oubliais souvent les tensions que l’on retrouve dans les bougés. Ce n’est pas tant l’exotisme du lieu et des comportements qui me préoccupaient que les questions de la structuration de l’espace visuel et son occupation. Comment un tel espace découpe, redistribue lui-même l’espace et le champ perceptif. A la limite du documentaire, je retrouvais des préoccupations sur le défilement simultané autant que sur la divergence des directions dans un espace donné, confiné par le viseur, c’est-à-dire cadré dans tous les sens du terme.

Dona Ana’s studio lies in Petrolina, a Nordest city of Brazil, where she is speaking to her friend Edson Barrus, who is copying documents for her while I film in the courtyard. The courtyard opens out into one of the city’s access roads.

It’s 42 degrees Celsius.

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Dona Ana das Carrancas is an artist in her eighties. All her life she has made “carrancas”; fired clay figures inspired by the wooden figureheads that used to adorn the bows of ships to ward off demons and robbers. When she is not producing “carrancas” she produces everyday items. A black artist living in an impoverished surroundings, Dona Ana was always politically-minded., actively involved in education and literacy campaigns as well as the spread of popular culture, even so she too is illiterate. She has set up venues for all kind of artistic and cultural activities. The mayor of Petrolina had a cultural center build so that Dona Ana could work and live with her family. She moves in five years ago. Edson Barrus has known her all his life, and visits her whenever he is in town. Dona Ana has had a decisive influence on both his understanding of art and the way he views himself as an artist.

On this January afternoon, I found myself in the courtyard of the studio while a carranca was being made. Edson Barrus and Dona Ana had said they wanted to start documenting her work soon. Meanwhile, I carried on shooting; moving across the courtyard and onto the street. It was then I discovered the incredible arrangement of a series of vanishing lines. Although I didn’t have a tripod with me, I decided to film what I saw; not from the street, but from the courtyard, where the doors and columns by the entrance formed a frame that I was keen to use.

I shot about 40 minutes, only half on which I used for the film. In spite of the heat, I was fascinated by what was happening in front of my eyes, less by the microcosm that presented itself than by the way this image shaped my awareness of events and dead moments. I was gripped not as much by the strangeness of this place or the behavior of these two people than by questions about how this visual space was structured and used, or rather, how cognitive surroundings are changed when a space is sliced up in a very specific manner. I am interested in how directions can simultaneously come together end drift apart in a predefined space that delimits -literally frames- the viewer’s field of vision.